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Un film d’Aline Dalbis et Emmanuel Gras (France)

"300 hommes" Sortie en salles le 25 mars 2015.

Trois cents, c’est la capacité d’accueil de sans-logis du Centre "Saint Jean de Dieu" à Marseille. Chaque jour, des hommes privés de ces attributs matériels que sont le logement, le travail, un repas décent et qui n’ont en commun que le manque et la privation, se côtoient dans des dortoirs, dans des salles à manger, dans des salles de détente et de télévision et…. dans des files d’attente.

Même si le documentaire d’Emmanuel Gras et Aline Dalbis est aussi la description et la chronique de la vie d’un foyer, il est surtout le portrait d’une humanité marginalisée, réduite à son essence à qui, il ne reste plus que la parole, l’humour, la dérision, la colère ou la folie pour affirmer son existence.

Cinéma : 300 hommes

Contrairement à d’autres Centres d’accueil de nuit en moins bon état, Saint Jean de Dieu est une institution imposante réputée pour son bon fonctionnement.

Cette forme d’aide aux plus démunis repose beaucoup sur le rapport de l’institution à l’individu.

C’est un lieu qui accueille des " pensionnaires" qui viennent là pour une période courte, de "dépannage", mais également des personnes qui dorment là depuis des mois, voire des années, même si l’établissement a vocation à faire de l’accueil d’urgence et à être un refuge temporaire.

La présence sur de longues périodes dans ce genre d’établissement n’est pas ressentie par les usagers comme la garantie, sans souci du lendemain, du toit et du couvert mais comme la peur de devenir des "ombres errant dans les limbes", comme un piège où il faudrait éviter de se laisser prendre, un renoncement à d’autres solutions.

La vie dans un tel lieu a ses limites dictées par des réglementations indispensables à un bon fonctionnement. Mais les règles, si elles sont nécessaires, empêchent les hommes d’être libres de leurs choix

Si la loi protège, elle infantilise et cette dépendance à la règle est souvent le point de départ de conflits. Ils peuvent opposer, parfois violemment, des pensionnaires entre eux, ou avec ceux, forcément impopulaires, qui sont chargés de faire respecter le règlement.

Ces conflits, ces moments de rébellion sont aussi un moyen pour ces hommes de réaffirmer leur singularité face à la masse anonyme.

La parole devient le dernier moyen qui subsiste comme refuge et comme rempart.

Depuis celui qui adopte une attitude systématiquement positive jusqu’à celui qui ne peut pas voir surgir un tramway sans penser à se jeter dessous, il y a le lecteur, le religieux, le donneur de leçon, le jeune à peine sorti de l’adolescence qui rêve d’une carrière politique, celui qui voudrait consacrer sa vie aux animaux, l’alcoolique conscient que seul l’alcool l’aide à tenir, celui qui pour rien au monde ne renoncerait….

Tous ont un point commun : cet instinct de survie qui s’accommode de la précarité et surtout de l’absence de toute autre perspective que celle d’assurer pour le lendemain, un couchage et un repas chaud.

Terrible constat d’un monde sorti de ses gonds…

Francis Dubois

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