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Un film de Claire Denis (France)

"35 rhums" sortie en salles le 18 février

"Il y a bien longtemps qu’on ne s’est pas retrouvés en famille" dit Gabrielle, la voisine du dessus quand elle réussit à réunir, pour assister à un concert, Lionel, sa fille Joséphine, et Noé, le locataire célibataire du dernier étage.
"35 rhums" est l’histoire de cette famille d’occasion qui fonctionne presque comme une vraie. Lionel a élevé seul Joséphine aujourd’hui étudiante. Mais ce n’est pas tout à fait exact car Gabrielle a souvent relayé l’homme dans sa mission de père. Elle l’a fait par tendresse pour Joséphine qui lui tient lieu de fille et pour Lionel qu’elle aime en silence depuis des années. Et puis, il y a Noé qui garde intact, chat compris, l’appartement où vécut autrefois sa mère. Lui, attend Joséphine. Il attend patiemment que leur relation de voisinage se transforme un jour en histoire d’amour…
Dans sa première partie, le film baigne dans une douceur, une fluidité narrative presque angéliques. Le père et la fille vivent en parfaite harmonie. Lui se consacre à son travail de conducteur de RER et à ses amis, elle à ses études et ils semblent attendre l’un et l’autre les prochaines échéances de la vie pour faire face à la suite. Gabrielle puise son plaisir dans son travail de chauffeur de taxi, dans la présence de ses voisins et dans son dévouement aux autres. Et Noé attend, pour donner une nouvelle orientation à sa vie, que quelque chose survienne qui décidera à sa place.
Le déclic se produira avec un événement infime mais qui autorise Noé à accepter le poste qu’on lui propose à l’étranger. Une décision qui devrait l’éloigner pour longtemps de l’îlot fragile, cette famille factice en apparence mais qui s’est construite au fil du temps sur des sentiments consistants et bien réels.
Claire Denis a d’évidence tissé son film autour de l’amitié qu’elle porte à ses personnages et cette tendresse qu’elle a pour eux s’assortit d’une sorte de précaution à leur égard, de pudeur, comme on ménagerait des personnes vulnérables. Elle a une façon presque caressante de les approcher. Et c’est avec cette même douceur, cette même tendresse, cette même fluidité, ce bout à bout de moments d’une vie ordinaire, qu’elle muscle sa narration et fait de son film une œuvre généreuse, tonique et forte. "35 rhums" est une franche réussite.
Francis Dubois

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