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Un film de Luca Belvaux (France)

"38 témoins" Sortie en salles le 14 mars 2012

Une jeune fille a été poignardée, une nuit, alors qu’elle rentrait chez elle, dans une rue du Havre. Dans l’immeuble qui fait face au lieu du drame, personne n’a rien vu ni entendu. Aucun témoin. Tout le monde dormait.

C’est en rentrant d’un voyage professionnel que Louise apprend la nouvelle du crime. Lorsqu’elle interroge Pierre, son mari, pilote au port du Havre, lui non plus n’a rien entendu. Mais se trouvait-il sur son lieu de travail, la nuit du drame, comme il le prétend ?

La police enquête. La presse locale s’empare aussi de l’affaire.

Louise rêvait-elle lorsqu’elle a entendu les révélations de Pierre contredisant ses premières déclarations ou bien les lui a-t-il réellement faites ?

Lucas Belvaux a adapté, pour son neuvième film de cinéma, un roman pâlichon de Didier Decoin "Est-ce ainsi que les femmes meurent" écrit à partir d’un fait divers survenu à New-York et il en a tiré un récit assez méconnaissable et plutôt réussi, sur le sujet de la lâcheté collective.

Au premier plan de son film figure le couple formé par Louise et Pierre que l’événement va doucement détruire.

Juste derrière eux, le personnage de la journaliste locale, acharnée mais pétrie d’humanité, et celui ambigu d’Anne, amie et voisine du couple, qui gardera jusqu’au bout son mystère. A l’arrière-plan, les personnages annexes que sont les autres témoins, tous plus lâches les uns que les autres, les membres de la police travaillant sur l’enquête et ceux de la justice.

On a très vite compris que l’objectif du récit n’est pas de nous dévoiler l’auteur du crime, que le seul sujet du film est bien la lâcheté collective, cette lâcheté qui finira par avoir raison de l’amour qui liait fortement Louise et Pierre.

Et c’est peut-être là, malgré une réalisation irréprochable, comme toujours chez Lucas Belvaux, que le film devient un peu boiteux.

L’ampleur qu’il donne, dès les premières images, avec l’impressionnante entrée dans le port d’un paquebot mastodonte, il ne cesse de la maintenir, à des niveaux différents, un peu comme il aurait procédé pour un triller à suspens et du coup, son film oscille sans cesse entre le film de genre qu’il n’est pas, et le film intimiste qu’il l’empêche d’être.

Et le traitement semble d’un bout à l’autre se situer un octave au-dessus du sujet.

L’interprétation "monolithique" d’Yvon Attal n’est pas faite pour apporter un peu de distance au récit. Nicole Garcia mitraille son texte comme à l’accoutumée et, comme d’habitude, elle est bien mais le joyau du film, c’est Sophie Quinton, un comédienne trop rare, capable comme ici d’illuminer le récit à sa moindre apparition. Elle est limpide, lumineuse et présente. Aucun effet autour de son jeu et la moindre réplique, dans sa bouche, devient du grand dialogue.

Ce film de Lucas Belvaux est dans la lignée des précédents. Le mécanisme est huilé. La réalisation lisse. L’histoire est adroitement racontée mais s’il y avait une seule raison d’aller voir "38 témoins" ce serait pour aller à la rencontre de cette comédienne rayonnante à laquelle il a eu la bonne idée de faire appel.

Francis Dubois

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