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Un film de Abel Ferrara (Etats-Unis)

"4h 44, dernier jour sur terre" Sortie en salles le 19 décembre 2012

Tous ont accepté l’idée de la fin du monde. Elle aura lieu à la fin de la nuit, à 4h44. A cette heure précise, le monde disparaîtra.

A New-York, Cisco et Skye s’apprêtent à passer leur dernier après-midi ensemble.

Si c’est l’heure des adieux, sera-t-elle celle d’une dernière étreinte, celle pour la jeune femme d’achever son œuvre picturale en cours et pour Cisco, le moment de faire une promenade dans les rues de la ville ou de consommer une dernière ligne de cocaïne ?

Abel Ferrara réalise, à rebrousse-poil du sujet, un film presque serein. L’idée de la destruction du monde n’est pas prétexte à des mouvements de panique, à une agitation fébrile. Elle est une évidence. Elle est peut-être dans l’infime espoir que l’apocalypse ne se produira pas.

Peu à peu, les choses cessent. Les présentateurs de la télévision quittent leurs fauteuils pour un dernier moment en famille mais la circulation automobile s’écoule au même rythme qu’à l’accoutumée.

Skye s’acharne à achever sa toile sur laquelle elle travaille pendant que Sisco, après la dernière étreinte, s’interroge sur la façon la plus appropriée de passer ces dernières heures.

Abel Ferrara conduit son récit comme si nous portions tous au fond de nous la certitude que le monde finira et que cette idée est d’une telle évidence qu’au moment où l’échéance tombe, l’événement a quelque chose de familier.

Et l’utilisation de Skype à plusieurs reprises au cours du film semble présenter les communications virtuelles comme les signes d’un monde froid peut-être déjà moribond, les signes annonciateurs à défaut d’une fin, d’un monde qui court à sa perte.

Faut-il préparer ses défenses pour accepter la fatalité, le moment venu.

Skye est bouddhiste. Sa croyance en la transcendance de l’âme la protège. Cisco qui n’a aucune croyance serait du genre à anticiper sa propre destruction de crainte d’avoir à se poser les questions qu’il a jusque-là évitées.

La situation extrême peut l’amener tout autant à utiliser sa dope, qu’à y renoncer et à se débarrasser de ses dernières réserves.

Face à la fin du monde, faut-il avoir recours au leurre jusqu’à la dernière seconde ou rechercher la paix avec soi-même ?

Abel Ferrara ne cherche visiblement pas à innover sur un sujet-cliché et s’il réussit à convaincre, c’est parce qu’il n’y a, ni dans la construction de son récit, ni dans la psychologie de ses personnages, ni dans l’enchaînement des séquences, nulle volonté de forcer le trait.

Et ce sont peut-être bien les clichés inhérents au sujet, dont il ne fait pas l’économie, qui font de son film, à l’exception d’une fin bien-pensante un peu trop appuyée, une œuvre sobre et jamais terrifiante

Francis Dubois

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