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Un film d’ Emad Burnat et Guy Davidi (Palestine-Israël-France)

"5 caméras brisées" Sortie en salles le 20 février 2013

Au départ, Emad n’est pas du tout un cinéaste. C’est un paysan révolté. Il y a cinq ans, alors que naissait son dernier fils, Israël dressait un "mur de séparation" entraînant l’expropriation de plus de la moitié des terres des 1700 habitants de son village.

Ces terres arrachées à leurs propriétaires légaux allaient servir à la construction de la colonie juive de Modi’in Illit, prévue pour abriter 150 000 résidents.

Les villageois dépossédés de leurs moyens de nourrir leurs familles entreprennent une lutte non-violente pour rester propriétaires de leurs terres et coexister pacifiquement avec les israéliens.

Avec une première caméra achetée à l’occasion de la naissance de son fils, Emad va filmer les actions entreprises par les habitants de Bil’in et créer ainsi la chronique au jour le jour de la vie du village, en constante ébullition, dressant du même coup le portait des siens, famille et amis, affectés par un conflit sans fin.

Cette première caméra sera détruite lors d’un affrontement. Une autre prendra le relais, puis une autre. En tout cinq caméras à chaque fois détruites seront nécessaires à Emad pour trouver la matière de son film.

Les premières images qu’il a filmées, alors que l’idée d’en faire un film était loin de lui, sont les témoins de l’arrivée des premiers bulldozers israéliens, lorsqu’ils ceux-ci ont commencé à déraciner les oliviers.

L’habitude de filmer est vite devenue pour Emad un acte de résistance, le moyen d’informer, de protéger les gens autour de lui, de proposer des séquences aux médias.

Et même si l’idée germait de mettre bout à bout les images qui voyaient grandir son fils et progresser la construction de la colonie, il ne voulait pas aller dans le sens d’un documentaire politique, mais s’en tenir au constat au quotidien des événements avec une approche plus humaine.

Sa caméra elle, filmait la violence des affrontements, les arrestations, la destruction des terrains plantés, les troncs des oliviers en feu, les manifestations des habitants du village souvent rejoints par des militants étrangers. L’une d’elle lui a sauvé la vie, la fois où la balle s’est arrêtée dans l’appareil au lieu d’atteindre son crâne.

Mais c’est parce qu’il filmait des scènes trop saisissantes (l’arrestation de jeunes enfants) qu’il a été arrêté et condamné.

Emad Burnat ne connaissait pas Guy Davidi. Il l’a rencontré car c’était un membre actif de la lutte contre le mur, qu’il participait régulièrement aux manifestations et qu’il a même séjourné dans le village.

Guy Davidi a pris connaissance des cinq années de rushs d’Emad et s’est proposé pour l’aider à réaliser le film, à sélectionner les images de sorte qu’elles soient comprises par un public étranger. Serge Cordey les a rejoints puis une monteuse française a porté sur le travail un autre regard.

Aujourd’hui, alors que "Cinq caméras brisées" est présenté dans de nombreux festivals où il a déjà récolté une bonne vingtaine de prix, que le film est nominé aux Oscars, Emad Burnat continue à filmer.

Si une partie des terres ont été restituées, tous les habitants n’ont pas récupéré les leurs et beaucoup d’entre eux sont obligés de trouver un autre travail pour réussir à nourrir leurs familles. Et même, une fois les terres restituées, il faut tant de temps et d’argent pour reconstituer les plantations qu’il faudra attendre la génération future pour récolter les fruits de la reconstruction.

Un film courageux qui reflète bien la ténacité des villageois et relate sans déborder un combat au quotidien pour à peine survivre…

Francis Dubois

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