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"9mm" Un film de Taylan Barman (Franco-belge). Sortie en salles le 3 décembre

Une ville du nord de la France. La mère, Nadine et le fils, Laurent, un grand ado, se préparent pour une nouvelle journée ordinaire. Elle, dans un commissariat où elle est policier à la Brigade des stups, lui dans l’école où il étudie. Le père, Roger dort encore, pas dans le lit conjugal mais sur le divan du salon où il a dû regarder tard la télévision en fumant et en buvant. Il est au chômage et dépressif. Les circonstances ont détérioré les relations du couple.
Ni Nadine, ni Laurent, ni Roger ne se doutent en quittant le domicile ce matin-là, qu’ils vont vivre une journée particulière à l’issue de laquelle tout aura basculé. Si Nadine retrouve son bureau où une mission de routine l’attend, Laurent lui, au lieu d’assister à ses cours va rejoindre ses amis du quartier, trois garçons désœuvrés pour des séances de graffitis dans les entrepôts de la gare et Roger, une prostituée avec laquelle il a ses habitudes et dont il déclinera finalement les services.
Nadine va vivre un moment de grande peur quand une perquisition chez un trafiquant tourne mal et un moment de douceur réparatrice dans les bras de Michel, un de ses collègues.
Des policiers surprennent le groupe de grapheurs et l’un d’eux est arrêté, puis c’est au tour de Laurent. Les déambulations de Roger livré à sa déprime vont l’amener à surprendre l’infidélité de Nadine et les activités "extra-scolaires"de Laurent.
"9 mm" ouvre sur trois plans fixes de lieux vides. Et ces lieux anodins qui vont devenir les théâtres du drame donnent le ton du film. Un vestiaire crasseux aux casiers écaillés (il s’agit de ceux de la brigade des stups), un sous-sol ordinaire dans un commissariat (c’est là que Laurent attendra que Nadine vienne le chercher après son arrestation), et le couloir ordinaire d’un immeuble modeste au moment où, derrière une porte, claque un coup de feu.
Le film qui retrace les moments clé de la journée des trois personnages du point de vue de chacun, bénéficie d’une construction au scalpel. La narration est simple, linéaire, précise et les zones d’ombre s’effacent au fur et à mesure comme par magie. On sait très vite que le coup de feu au fond du couloir provenait de l’appartement de la famille et les questions que se pose le spectateur se dédoublent. Roger le mari dépressif s’est-il suicidé ou bien a-t-il tiré sur sa femme infidèle. Nadine la mère n’a-t-elle plus supporté la déchéance de son mari et la situation qui en découle ? Laurent, l’adolescent à vif a-t-il pris ombrage des indiscrétions de son père ?
Le suspens gardé jusqu’au bout n’est pas haletant mais il est toujours présent. Il est à la mesure de ces personnages ordinaires qu’on suit dans leurs activités ordinaires dans un décor ordinaire et que les circonstances conduisent à des dérapages eux aussi ordinaires.
Et il n’y a peut-être pas meilleure façon de rendre efficace un processus dramatique ordinaire qu’à le traiter de façon sobre et carrée. Aucune scène inutile, aucun débordement de jeu de la part des acteurs tous remarquables. Magnifique Serge Riaboukine trop rare au cinéma. Superbe Morgan Marinne qu’on avait vu dans " Le Fils" des Dardenne et Anne Coesens qu’on attend de revoir bientôt dans "Elève libre" de Joachim Lafosse.
Francis Dubois

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