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Un film de Léon Prudovsky (Israël)

"A 5 heures de Paris" Sortie en salles le 23 juin 2010

Il est chauffeur de taxi et élève seul son petit garçon. Elle est professeur de piano et dirige la chorale où est inscrit le gamin. Elle et lui ont un point commun : la phobie de l’avion. Or, lui qui n’a jamais quitté Israël doit se rendre à Paris pour la bar-mitsva de son fils et elle devra un jour ou l’autre embarquer en direction du Canada où son mari doit s’installer dès qu’il aura le feu vert du service de l’immigration.
Yigal et Lina sont deux solitaires que leur vie ne satisfait pas et qui, au moment de leur rencontre, mesurent à quel point, ils ont, jusque là, fait fausse route. Mais leur amour se heurte aux circonstances et à une sorte de sagesse qui a de tout temps régi leur existence. Ils ont trop longtemps pratiqué la mesure et tout élan audacieux est trop enfoui pour qu’ils puisse les amener à dépasser les limites.
Tout le film fonctionne à la fois sur cet élan potentiel et sur le retenue naturelle qui les freine.

"A 5 heures de Paris" fonctionne sur la prudence dont l’un et l’autre font preuve mais pas toujours au même moment. Lorsque l’un semble prêt à se laisser déborder par son attirance, l’autre se rétracte. Ce yoyo narratif est ce ressort du récit qui le rend touchant en le renvoyant à la fragilité des protagonistes. A cet espèce de relais amoureux s’ajoute le fait que Yigal et Lina sont des quadragénaires, qu’ils ont, l’un et l’autre des comportements désuets guidés par leur expérience de la vie très ordinaire, par leur histoire respective qui ne s’est jamais hasardée hors des sentiers battus.
Léon Prudovsky construit son récit avec rigueur et habileté. Dans un premier épisode, il nous plonge dans la comédie romantique classique. C’est la rencontre et les premiers émois de chacun à la découverte de son attirance pour l’autre. La seconde partie s’ouvre avec l’apparition du mari de Lina, un personnage à propos duquel on s’interroge et sur lequel le récit garde un voile de mystère. Cet homme dont l’apparition transforme le récit en un drame humain est-il un être sans profondeur ou quelqu’un dont on va finir par découvrir des qualités humaines. A la fin du film, au moment où les deux héros doivent prendre une décision, on accède à une autre tonalité. L’humour entre dans le drame et on assiste à un dénouement qui ne trahit ni n’emporte les amants frileux.
Léon Pudovski réussit deux portraits de quadragénaires que l’amour enflamme pour la première fois. Ils sont émouvants et possèdent tout comme le film une force, une énergie sous-jacente mais toujours perceptible.
Francis Dubois

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