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Un film de Mariana Otero (France)

"A ciel ouvert" Sortie en salles le 8 janvier 2014

Documentariste, Mariana Otero réalise en 1994 pour Arte " La loi du collège" qui deviendra le premier feuilleton documentaire de la chaîne.

Pour ses réalisations suivantes, elle se montre éclectique dans le choix de ses sujets.

En 2003, avec "Histoire d’un secret" elle aborde un problème personnel, intime et douloureux.

En 2010, "Entre nos mains" est un documentaire qui flirte avec la comédie musicale alors qu’il raconte comment des salariées tentent de transformer leur entreprise sur le point de fermer, en coopérative.

Pour son dernier film, "A ciel ouvert" , elle entre dans le territoire de ce qu’on appelle "la folie", un sujet qui l’a toujours intriguée, fascinée, voire effrayée mais dont elle pensait confusément qu’on pouvait non seulement y comprendre quelque chose, mais également, en apprendre quelque chose.

Après avoir effectué de nombreux repérages dans des foyers et institutions pour "handicapés mentaux", son choix s’est porté à la frontière belge, sur un institut médico-pédagogique pour enfants et adolescents, quasi unique dans sa démarche de suivi, "Le Courtil".

L’établissement regroupe deux cent cinquante pensionnaires repartis en groupes et cent cinquante encadrants.

Au Coutil, les enfants en souffrance psychique ne sont pas considérés comme des handicapés à qui il manquerait quelque chose pour ressembler aux autres, mais comme une énigme, quelqu’un qui possède une structure mentale singulière, une manière différente de se ressentir, de penser le monde et le rapport à l’autre.

Les intervenants, dans leur approche des enfants, laissent de côté tout à priori, toute connaissance préétablie. Leur "mission" consiste à cerner la singularité de chaque enfant afin de l’aider à trouver lui-même ses propres solutions, lui permettre de trouver sa place dans ce monde et d’y vivre de la façon la plus apaisée possible.

Plutôt que de centrer son film autour d’un seul enfant, la caméra s’est portée sur cinq ou six : Alysson qui observe son corps avec méfiance, Evanne qui s’étourdit jusqu’à la chute, Amina qui n’arrive que difficilement à faire sortir les mots de sa bouche ou cet étonnant adolescent au langage châtié dont on ne sait jamais si les souffrances physiques sont réelles ou inventées.

Petit à petit, à mesure que le film avance (Mariana Otero ne force pas plus les choses qu’elle n’est à la recherche d’une séquence saillante), les enfants nous deviennent familiers et par l’intermédiaire de la réalisatrice (qu’on ne voit jamais à l’image), le spectateur a le sentiment qu’il leur est devenu également familier.

C’est flagrant au cours du moment où un enfant chante face caméra " A la claire fontaine" . La chanson s’adresse à Mariana Otero mais le spectateur la reçoit, de la part de cet enfant à la mine réjouie, comme un cadeau.

Magie de la caméra. Magie du talent de la réalisatrice…

Contrairement à d’autres documentaristes (Nicolas Philibert qui faisait d’un enfant la vedette de son film " Être et avoir" ) Mariana Otero laisse se faire les choses et sans rien brusquer, sans rechercher l’événement, elle nous amène à l’émotion et certainement à une grande vérité sur le sujet.

A voir, absolument.

Francis Dubois

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