Actualité théâtrale

Jusqu’au 16 février au Théâtre de l’Aquarium, partenaire Réduc’Snes

« Á demain » Pièce écrite et mise en scène par Pascale Henry

Dans la pénombre, dans un espace noir cerné d’une ligne blanche, un homme est assis sur une chaise, prostré, tournant le dos à la salle. Face à lui, séparé de lui par une ligne peinte de pointillés blancs, une femme l’interroge, lui demande s’il a mal. On pense à un médecin, à une psychologue. L’homme répond non puis ne répond plus. La femme insiste, menace insidieusement. Puis l’homme devient violent, insulte la femme et c’est elle qui a peur. La tension s’installe. Où est-on ? S’agit-il d’un homme blessé à la guerre, est-on dans un commissariat, dans un asile ? La femme se trouve ensuite devant sa supérieure hiérarchique qui l’interroge, la presse de rendre rapidement ses conclusions, la harcèle, la pousse à bout. Elle-même est au comble du stress quand son supérieur lui parle au téléphone. L’homme semble surtout être l’enjeu d’une décision à prendre : que faut-il faire de lui ? Mais à la fin de la pièce, il n’y a plus de pointillé qui délimite les espaces, l’homme a occupé tout l’espace.

La pièce écrite et mise en scène par Pascale Henry aborde de façon subtile des sujets très contemporains : la soumission à l’autorité, la peur face aux supérieurs hiérarchiques, la capacité à résister aux exigences professionnelles et à faire preuve d’empathie, l’idéologie qui tend à faire passer pour des désordres que l’on doit résoudre, les effets des violences subies au travail. Ce n’est ni pédagogique, ni démonstratif. Les séquences s’enchaînent, comme au cinéma, dans une demi-pénombre. Un bureau avec un téléphone marque la place du supérieur hiérarchique, face à lui une chaise. La tension est toujours palpable, exacerbée par des bruits de machines, des sifflements, des talons qui résonnent dans les couloirs. On a l’impression d’être sur une corde raide, dans la situation de celui qui ne comprend pas tout et se trouve emporté. Trois acteurs portent le texte tout en finesse. Il faut surtout saluer Marie-Sohna Condé qui passe, sans que rien ne soit jamais souligné, d’une situation à l’autre et fait évoluer tout en douceur son personnage.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h

Théâtre de l’Aquarium

La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre

75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • La Comédie-Française lance La Comédie continue !
    COMMUNIQUÉ DE PRESSE > vendredi 27 mars 2020 > La Comédie continue ! > Tel est le nom de la première chaîne en ligne de la Comédie-Française. > À partir du lundi 30 mars 2020 à 16h, plusieurs levers... Lire la suite (31 mars)
  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)
  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)
  • « Médéa mountains »
    Alima Hamel, la jeune poétesse, musicienne et chanteuse d’origine algérienne évoque ici son histoire personnelle. Elle se souvient du bonheur des vacances familiales quand elle quittait Nantes avec... Lire la suite (12 mars)