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Un film de Jean-Jacques Zilbermann (France)

"A la vie" Sortie en salles le 26 novembre 2014.

Trois femmes, anciennes déportées d’Auschwitz qui s’étaient perdues de vue depuis la guerre, se retrouvent à Berck-Plage le temps d’une semaine de vacances, au début des années 60.

A la lumière des retrouvailles, tout pour Hélène, Rose et Lili prend la saveur d’une première fois : le repas qu’elles prennent ensemble, une glace sur un banc, le bain de mer…

Quelques jours de rires, de chansons, de petites querelles, d’histoires d’amour et d’amitié.

Cinéma : "A la vie"

La fiction mise en scène par Jean-Jacques Zilbermann est intimement liée à son histoire personnelle. Dans la réalité, Irène, Annie et Paulette qui se sont retrouvées comme dans le film après vingt-cinq années de séparation, ont été pour lui, grâce au lien étroit qui les unissait, comme les trois figures d’une même mère.

L’écriture du scénario du film a reposé sur leurs témoignages, sur ceux d’autres survivants des camps et même si pour une grande part, le récit a fait appel à son imaginaire, tout ce qui a trait à Auschwitz est vrai.

Jean-Jacques Zilbermann a été de plus, le témoin privilégié de la "résurrection" de ces trois femmes qui n’avaient pas, lorsqu’elles évoquaient les souvenirs de déportation, la même mémoire des choses.

Le metteur en scène dont on se souvient surtout de sa première réalisation " Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes" (1993) dresse ici les portraits contrastés de trois femmes aimant la vie chacune à sa façon et dont les rires apparaissent comme une revanche sur les épreuves terribles qu’elles ont vécues.

Hélène a épousé Henri qui est revenu de la guerre mutilé. Si, malgré le handicap touchant à sa virilité, elle lui est restée fidèle, ces quelques jours de retrouvailles qui prendront des airs de liberté, la renverront à son désir de femme.

Rose qui vit au Canada trouve son plaisir de vivre dans une apparente futilité, dans l’expression de sa féminité, dans le plaisir de se maquiller, de se vêtir de robes légères. Mais la légèreté qu’elle affiche n’est qu’une facette de la personnalité d’une femme généreuse et soucieuse des autres.

Lili est des trois, la cérébrale. Mais la solidité du personnage, son goût de l’indépendance, sa liberté d’esprit, cachent d’autres fêlures.

Il est probable que le film de Jean-Jacques Zilbermann aurait gagné à être débarrassé de certains clichés comme l’infirmité d’Henri, la reconstitution un peu trop insistante des années 60 qui aligne les caractéristiques les plus saillantes de l’époque. (devait-on passer nécessairement par une démonstration de twist ?). Fallait-il que la rencontre d’Hélène et du jeune plagiste débouche sur un débordement du désir longtemps contenu d’une épouse frustrée ?

On aurait aimé que le film s’en tienne aux retrouvailles des trois femmes, un sujet qui aurait suffi à nourrir le récit.

Le souci du scénariste de faire trois portraits de femmes aussi contrastés finit par enfermer chacun des personnages dans un cadre et le film semble ne pas pouvoir échapper aux vieilles recettes narratives des films d’autrefois.

Mais il y a au générique, trois comédiennes qui savent déjouer les clichés : Julie Depardieu, Johanna ter Steege et Suzanne Clément vue récemment dans " Mommy" de Xavier Dolan.

Elles sont formidables.

Francis Dubois

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