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Un film de Frédéric Videau (France)

"A moi seule" Sortie en salles le 4 avril 2012

Un homme d’allure solitaire qui présente une ecchymose à l’arcade sourcilière, finit sa journée de travail, retrouve sa voiture sur le parking et rejoint son habitation, une maison isolée. Laissant derrière lui le portail et la porte d’entrée ouverts, il soulève une trappe qui donne accès à un sous-sol. Une jeune fille en sort qui, lorsqu’elle voit la porte d’entrée et le portail ouverts, après une seconde d’hésitation, prend la fuite.

On la retrouve au commissariat où sa mère la rejoint. Mais pendant l’étreinte, au lieu de la joie, on lit dans le regard de Gaëlle, l’expression d’une étrange mélancolie.

Huit années auparavant, Vincent Maillard a kidnappé une petite fille qu’il a gardée cloîtrée dans une cave aménagée en chambre et Gaëlle s’est accoutumée à cette vie. Elle lit, écoute de la musique et dessine sur les murs en attendant le retour de Vincent. Il a fait les courses, prépare le repas et pendant qu’ils dînent, ils échangent à la manière d’un couple. Il parle de sa journée, de son travail. Elle le questionne. Il a un bon regard très doux sauf quand quelque chose vient à le contrarier. Dans ses fluctuations d’humeur, on décèle une faille, une souffrance et le regard parfois haineux que lui adresse Gaëlle peut très vite revenir à de la douceur.

Mais quand elle le questionne sur l’avenir, Vincent répond qu’il ne lui rendra jamais sa liberté et qu’il compte la garder auprès de lui toute sa vie.

Parfois, à la nuit tombée, Gaëlle réclame une promenade et ils vont en voiture jusqu’à la forêt où ils marchent, s’éclairant à la torche.

Jusqu’au jour où la jeune fille demande à Vincent de lui faire l’amour.

Sait-elle qu’avec cette demande qu’il refuse en hurlant qu’il n’est pas un violeur, elle vient de créer une rupture dans cette routine singulière où le garçon a fini par trouver un équilibre affectif.

Sait-il lui, que du moment où elle lui a fait cette demande, Gaëlle a inversé le rapport de forces ?

Sur un sujet scabreux qui multipliait les pièges, Frédéric Videau a réussi un très beau film empreint de tendresse contenue et une très belle et très pure histoire d’amour.

Cette réussite, il la doit à lui-même, à la fluidité qu’il a su donner à son récit, à son habileté à introduire les flash-backs, à la magnifique construction de ses personnages, elle, farouche, coupante sans cesse trahie par ses regards, lui dont la douceur et la générosité naturelles n’attendent qu’à se débarrasser de ses débordements de violence,

Mais cette réussite, il la doit à ses interprètes, Agathe Bonitzer et Reda Kateb, elle toute en violence intérieure et négation, et lui, ourson tendre, homme inaccompli, à la fois bercé et malmené par cet amour paternel (fraternel ?) qui le submerge et le fuit à tout instant.

Il faut voir avec quelle gourmandise il prépare le petit déjeuner du dimanche, avec quel plaisir il annonce une météo superbe comme s’ils allaient en profiter, avec quelle autorité il impose à Gaëlle une dictée.

Saluons la sortie d’un très beau film et attendons le prochain que Frédéric Videau réalisera certainement avec Agathe Bonitzer dont le talent lumineux se confirme de film en film…

Francis Dubois

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