Actualité théâtrale

Jusqu’au 20 avril au Vingtième Théâtre, partenaire Réduc’Snes

« Á nu »

Les États-Unis se présentent toujours comme les champions des droits de l’homme et de la démocratie et pourtant, depuis que le terrorisme s’est attaqué au cœur de New-York, ils ont mis en œuvre des méthodes qui contredisent ces principes. Marc Saez, frappé par un téléfilm de Sydney Lumet, scénario de Tom Fontana, sur ce sujet, mettant en parallèle deux interrogatoires menés l’un en Chine, l’autre aux États-Unis, l’a adapté et mis en scène. Les dialogues sont les mêmes et les méthodes, au final, ne diffèrent que très peu. On retrouve dans les deux cas l’absence de justification de l’arrestation, le silence de l’interrogateur face aux questions ou aux demandes des prévenus, l’alternance d’une feinte empathie et de cruauté chez celui qui interroge, l’absence d’avocat, le harcèlement psychologique et la menace physique qui mettent à nu l’individu, au propre comme au figuré, et jouent avec sadisme sur ses peurs les plus intimes.

Lorsque la pièce démarre, un drapeau américain occupe tout le fond de la scène tandis qu’une voix off rappelle les lois qui, dès le XIXème siècle, ont porté des coups de canif dans les grands principes de la démocratie américaine. Des pleurs, des cris, des éclairs lumineux renvoient à la situation de ceux qui sont emprisonnés et torturés pour assurer la survie de la nation prétendument menacée. Lorsque le drapeau tombe, on passe d’un interrogatoire à l’autre, d’un côté un officier chinois interroge une femme blonde, de l’autre une femme de la CIA interroge un homme au type arabe. Les deux bureaux témoignent par l’éclairage de la différence de richesse des deux pays, mais il y a dans les deux cas un bureau et deux chaises, un prisonnier menotté et cagoulé, qui tente de se défendre contre des charges qu’il ignore, qui a chaud, soif, voudrait un avocat et que son interrogateur cherche à briser. L’utilisation des éclairages, d’extraits de discours de Présidents américains lus par une voix off, un petit passage en ombres chinoises montrant qu’on n’hésite pas au nom de la sécurité à fouler aux pieds la liberté de la presse, toute la mise en scène sert habilement le propos.

Le dialogue, pourtant presque identique, progresse en passant d’un interrogatoire à l’autre et maintient une forte tension dramatique, accentuée par le jeu excellent des quatre acteurs. Il faut particulièrement saluer Véronique Piciotto et Helmi Dridi, les deux accusés, qui prennent tous les risques finissant nus et apeurés.

C’est un spectacle marquant, qui a eu un grand succès dans le off en Avignon. Il pose de nombreuses questions, celle de la défiance vis-à-vis de l’étranger, celle du sens que l’on donne aux mots démocratie, liberté, tolérance. Au nom d’une prétendue défense de la nation sommes-nous prêts à accepter que l’on bafoue les droits d’individus contre qui on n’a aucune charge ? Autant de questions que l’on aborde au lycée et qui sont ici présentées de façon passionnante et magistrale.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h

Vingtième Théâtre

7 rue des Plâtrières, 75020 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 66 01 13

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