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Un film d’Hélène Zimmer (France)

"A quatorze ans" Sortie en salles le 25 février 2015

Culture/cinéma Sarah, Jade et Louise entament leur dernière rentrée au collège. Elles appartiennent chacune à des familles recomposées et vivent avec leur mère.
La classe de troisième est celle du choix d’une orientation scolaire mais cette échéance n’est pas une priorité pour les trois amies qui, pour obéir aux règles des fluctuations affectives propres à l’âge, vont connaître une rupture au sein même de leur trio.
Sarah et Louise vont soudain isoler Jade qui va vivre l’épreuve douloureusement.
Chacune, entre être et paraître, provocation, cruauté, émotion, passage à vide, rebondissement, va tenter de travailler à sa construction de femme.

Hélène Zimmer ne mâche pas ses mots. Elle ne ménage ni le cours de son récit, ni ses personnages et donne à dire à ses comédiennes (toutes très bien) un dialogue qui pourra choquer par sa verdeur. Il est intéressant de découvrir que les mots que les filles prononcent, notamment à propos du sexe, vont si loin qu’ils les effraient elles-mêmes ; comme si par une sorte de surenchère verbale, elles étaient conduites à aller, dans le domaine, au-delà de leurs limites.
A quel prix et par quels passages obligés, s’affirmeront-elles, par quels tâtonnements excessifs et débordants tentent-elles un chemin, jouent-elles avec les codes de la féminité.
De ce magma verbal poussé jusqu’à l’inaudible, jusqu’à saturation d’un vocabulaire qui serait ordurier si on ne faisait la part des choses et si les visages ne gardaient pas, contre vents et marées,
quelque chose de l’enfance, une innocence à bannir.

Les jeunes gens d’Hélène Zimmer vont au collège plus pour se rencontrer que pour apprendre, plus pour mettre sur pied une nouvelle fête, que pour se cultiver.
Ils habitent une banlieue plutôt accueillante, appartiennent à un milieu plutôt aisé où les parents ont des exigences, des règles, punissent, privent de sortie le cas échéant.
Mais ces jeunes gens qui anticipent peu sur un avenir professionnel, n’ont pas grand-chose à revendiquer socialement, n’abordent jamais les problèmes de société, paraissent très éloignés de tout engagement ou perception politique.
Ils vivent dans l’immédiat, autour d’eux-mêmes et c’est là, l’urgence.

Les dialogues du film écrits par Hélène Zimmer et relayés par les comédiens, rendent au plus près le langage actuel avec sa syntaxe désordonnée, ses tics, les expressions récurrentes, un certain glissement du sens des mots, une inventivité imagée (on ne dit plus dépuceler mais dévierger et le mot vaut autant pour un garçon que pour une fille).
En cela, le film qui se revendique comme une fiction, glisse vers le documentaire, vers la découverte du monde adolescent actuel, celui d’adultes égarés à la recherche de codes dont ils n’ont pas les clés, celui de ces familles recomposées avec leurs tâtonnements…

Pourquoi le film d’Hélène Zimmer, pour peu que le public le reconnaisse, ne pourrait-t-il pas avoir
valeur de représentativité d’une époque.
A la fin des années 50, Marcel Carné avait peint la jeunesse de l’époque dans son film "Les tricheurs". En 1966, Edouard Luntz réalisait "Les cœurs verts" et en 2005 Abdelatif Kechiche "L’esquive".
"A quatorze ans" pourrait être le témoin de la jeunesse de notre début de millénaire.

Francis Dubois

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