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Un film de Mahdi Fleifel (Royaume-Uni – Liban - Danemark)

"A world not ours" Sortie en salles le 4 décembre 2013.

Quand l’État d’Israël a été créé en 1948, pas moins de 900 000 palestiniens ont été contraints de partir.

Beaucoup d’entre eux ont trouvé refuge dans des camps de réfugiés de pays frontaliers : en Jordanie, au Liban, en Syrie.

Ces camps sont souvent devenus d’immenses bidonvilles. Ainsi celui d’Ain-el-Helweh (source d’eau douce) au sud du Liban.

70 000 personnes y vivent sur 1 km2, cernés par les barrages de l’armée libanaise.

Sans État ni droits spécifiques, ils connaissent une continuelle insécurité.

Dans le journal en images qu’est son film, Mahdi Fleifel dresse le portrait intimiste de trois générations d’exilés dans ce camp de réfugiés où il a grandi.

Utilisant des enregistrements personnels, des archives familiales en 8 mm et de séquences historiques, il illustre la vie quotidienne de trois palestiniens qu’il privilégie. Son grand-père l’un des premiers à avoir vécu le déracinement, est à la recherche de calme et il est devenu un voisin irascible. Son oncle Saïd a perdu pied avec la réalité depuis la mort de son frère et lutte contre ses démons intérieurs. Son ami d’enfance Abu Eyad, ancien membre du Fatah, politisé et lucide, erre dans les rues du camp pour tuer le temps et prend conscience à chaque seconde, de son inutilité.

Pour chacun de nous, l’identité est un acquis. Qui nous sommes, d’où l’on vient, où l’on va, sont des évidences. Sauf pour les palestiniens réfugiés qui doivent à chaque instant repréciser leur identité, ballottés entre territoire perdu, la réalité des camps et un avenir incertain.

Mahdi Fleifel a pu quitter le camp après y avoir passé son enfance et son statut actuel lui permet d’y revenir par périodes. Depuis son adolescence, il filme les habitants, une vocation qu’il doit à son père amoureux de la caméra grâce à laquelle il a toujours mis en boite petits et grands événements. Tout ce qu’il considérait comme important de garder en mémoire concernant sa famille et la vie du camp.

Avec les rushs de son père, Mahdi Fleifel a trouvé la base de son documentaire, réunissant 20 années d’images, de photographies, de vidéos, de souvenirs.

Les trois personnages qui se précisent au fur et à mesure du déroulement de son film sont pathétiques. Mais le plus émouvant est Abu Eyad, l’ami d’enfance. Cet homme dans la force de l’âge, lucide et charismatique, donne plus encore que les deux autres la mesure de l’enfermement et de la perte de tout espoir en l’avenir.

Bouleversant.

Francis Dubois

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