DOSSIERS

GILETS JAUNES

ACTUALITE SOCIALE DISCUSSIONS RESPONSABLES ACADEMIQUES

ACTUALITÉ SOCIALE GILETS JAUNES

Ce texte a été rédigé à partir de discussions entre les responsables des sections académiques de retraités réunis à Paris le 21 novembre.
Il nous est apparu nécessaire d’avoir une expression de retraités sur l’actualité sociale, à partir de notre expérience. C’’est une contribution qui sera communiquée au secrétariat du Snes et à nos syndiqués.

Depuis 2014, le groupe des 9, réunissant une intersyndicale alliée à des associations, mène une lutte contre les attaques sur le pouvoir d’achat des retraités. Pour riposter contre la politique de Macron qui a redoublé ces attaques (CSG, désindexation des pensions,...), ces mobilisations ont pris de l’ampleur pendant que le mouvement s’élargissait, y compris à des non salariés, et parvenait à une visibilité dans les médias. Le mépris dans lequel Macron les a tenus en les taxant de privilégiés et en refusant de les recevoir a amplifié leur colère.

Nous ne sommes pas étonnés de retrouver de nombreux retraités, en particulier ceux qui ont de petites retraites, dans le mouvement des « gilets jaunes »

Ce mouvement est né d’une protestation contre la hausse des prix des carburants, alimentée entre autres par l’augmentation de la taxe carbone, en particulier sur le diesel.

C’est au nom de la transition écologique et pour réduire le recours aux énergies fossiles, que le gouvernement a mis au centre de sa politique, la hausse du prix des carburants, alors que par ailleurs, les investissements nécessaires à la lutte contre le réchauffement climatique sont sacrifiés par la politique de baisse des dépenses publiques. Cette fiscalité dite écologique est profondément injuste car elle repose davantage sur les ménages aux revenus modestes et sur ceux qui sont dépendants de l’usage de leur automobile pour travailler et pour vivre. Tandis que les entreprises, notamment celles du transport aérien, de la navigation maritime et du transport routier sont en grande partie exonérées de cette taxe, et que d’autres sont peu touchés par le très faible montant du prix du carbone sur le marché des quotas européens

Très vite, on s’est rendu compte que la hausse du prix du carburant était l’étincelle pour exprimer un mécontentement beaucoup plus large. C’est la protestation contre les injustices, les inégalités – notamment fiscales, les cadeaux pour les plus riches, les atteintes contre le pouvoir d’achat et les difficultés de la vie grandissantes, pour le plus grand nombre. L’arrestation de Carlos Ghosn, la « star du CAC 40 » a rappelé les profits et les fortunes immenses de certains, sur fond de fraude fiscale, de malversations… et de choix politiques. Le PDG de Renault (payé 13 millions d’euros) est emblématique du système Macron qui promeut les « premiers de cordée » et mène contre les salariés, les jeunes, les chômeurs, les retraités, une politique sociale de plus en plus dure.

Il est évident aussi que l’augmentation de la taxe servira surtout à renflouer les caisses de l’État et peu la transition écologique : en 2019, la hausse des ponctions sur la fiscalité verte sera de 3,9 Mds d’euros quand, dans le même temps, les dépenses environnementales baisseront de 400 Millions d’euros (Cf. le Canard Enchaîné du 7/11/2018, ’le hold-up de l’État sur la fiscalité verte’). La suppression de l’ISF est devenue dans ce mouvement l’expression d’une injustice fiscale fortement ressentie. Comment faire alors que les classes populaires sont obligées de quitter les centres villes et n’ont que leur voiture pour aller travailler, alors que de nombreuses gares et de lignes de TER ont été supprimées ? Comment faire alors que les services publics ont disparu, des hôpitaux, des maternités de proximité, par exemple, ont fermé ? L’injonction à la mobilité martelée par Macron a un coût élevé car au lieu de traverser simplement la rue, beaucoup font des kilomètres pour aller travailler. La France est devenue un pays de bas salaire dans lequel on ne peut plus vivre de son travail (le niveau du SMIC est souvent dénoncé), le temps partiel est imposé, de même que les horaires décalés. Les femmes sont particulièrement concernées, et à la garde de l’enfant s’ajoute le coût de l’essence. Ce sont des vies de privation, avec la fin du mois qui guette.

Le mouvement exprime la protestation contre une politique anti-sociale qui à un moment donné devient insupportable.

Le mouvement est protéiforme. Il est, pour certains, le rejet de la fiscalité, mais, pour d’autres, la revendication d’une fiscalité plus juste, de services publics. Oui, il est traversé par les pires réflexes identitaires et xénophobes. Oui, la volonté de récupération par la droite et l’extrême droite est évidente. Mais est-ce une raison pour leur laisser le monopole de la contestation ? Car on aurait tort de s’arrêter là. Il est l’expression de révolte aussi contre le mépris d’Emmanuel Macron qui dit « comprendre la colère mais ne pas vouloir changer de cap ». Il est surtout une exaspération sociale et une demande forte de justice sociale et on ne peut le balayer d’un revers de main. Il dit la profondeur de la souffrance sociale, et interpelle le mouvement syndical.

N’y a-t-il pas urgence à réfléchir sur ce mouvement qui se fait en dehors des syndicats dont la mission première est de défendre les revendications et d’expliquer, notamment, la nécessité de la justice fiscale, de l’impôt pour une société solidaire et démocratique ? Alors comment expliquer l’absence des forces syndicales, voire leur rejet ? Comment mobiliser plus largement autour des revendications pour l’amélioration du pouvoir d’achat, en particulier par la hausse des salaires et des pensions, l’accès à des services publics plus nombreux... qui sont celles des forces syndicales et de bien des gilets jaunes ? Pourquoi l’action interprofessionnelle du 9 octobre n’a-t-elle pas eu de suite ? N’était-ce qu’un rendez-vous symbolique qui n’a pas su, pas pu, prendre en compte l’exaspération sociale pour la transformer en force unitaire de contestation ? Comment ne pas s’interroger sur l’appel de la seule CGT à une initiative le 1er décembre ? Il est de la responsabilité syndicale de montrer aussi qu’il n’y a pas opposition entre pouvoir d’achat et transition écologique et c’est un chantier à ouvrir.

L’urgence de débattre de ces questions est évidente. Chaque organisation syndicale est actuellement traversée par ces débats, avec des approches qui peuvent être différentes, notamment parce que la situation est compliquée, que se positionner est un exercice délicat, mais que le moment est très important pour le syndicalisme. Il serait donc nécessaire que les organisations syndicales se réunissent pour en débattre, avancer des propositions communes et prendre des initiatives. Cela contribuerait à la construction d’une alternative politique progressiste qui fait cruellement défaut.

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