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Accompagnement éducatif, réglementation et analyses

Après une première mise en place dans les collèges de l’éducation prioritaire en 2007-08, l’accompagnement éducatif a été étendu à tous les collèges à la rentrée 2008 (ainsi qu’aux écoles élémentaires de l’éducation prioritaire). Cette généralisation de l’accompagnement éducatif se fait sans évaluation qualitative de ce qui a été réalisé l’an dernier.
Annoncé comme une réponse à « une forte demande sociale de prise en charge des élèves après les cours », ce dispositif est censé permettre aux enfants de trouver en l’école un lieu d’accueil après la classe pour y trouver aide aux devoirs et activités culturelles et sportives, mais rien ne garantit que tous les élèves auront un accès à part égale à chacun de ces domaines, et des menaces pèsent à terme sur une partie des enseignements…

Un dispositif en perpétuelle évolution

Circ 2008-080 du 5 juin 2008 Acc Educ

- Circulaire N°2007-115 du 13-07-2007
- Circulaire n° 2008-042 du 4 avril 2008 (BO n°15 du 10 avril 2008)
- Circulaire n° 2008-080 du 5 juin 2008 (BO n°25 du 19 juin 2008)

En juillet 2007, X. Darcos rappelle

« les termes de sa mission en matière d’accompagnement éducatif : proposer des études dirigées dans l’éducation prioritaire dès la rentrée 2007 ; doubler la place du sport à l’école, renforcer l’enseignement culturel et la pratique artistique ».

La circulaire de juillet 2007 impose donc l’accompagnement éducatif aux collèges de l’éducation prioritaire avec l’organisation suivante :
- Hors temps scolaire : durée indicative de 2h après la classe, 4 jours par semaine ;
- Ėlèves volontaires ;
- Encadrement par des enseignants volontaires rémunérés en HSE, des assistants pédagogiques ou des assistants d’éducation, des intervenants extérieurs (associations, collectivités)
- Projet présenté et validé par le Conseil d’administration dans le cadre du projet d’établissement.

Le contenu doit alors comporter trois volets distincts :

- Aide aux devoirs et aux leçons et « diverses activités » comme : approfondir le travail de la classe, réaliser les devoirs, moments d’apprentissage différents, aide méthodologique, approfondissement disciplinaire, lecture, travail sur projet disciplinaire, recherches documentaires ;
- La pratique sportive ;
- La pratique artistique et culturelle

2008, généralisation et modification du dispositif

- Une nouveauté est introduite dans le texte d’avril 2008 : une pratique des langues vivantes étrangères pourra en effet être proposée à certains élèves « pour soutenir et renforcer [leur] bilinguisme ».Après l’EPS et les disciplines artistiques, les langues vivantes apparaissent désormais comme une discipline qui peut être partiellement externalisée. Le recours aux assistants et vacataires étrangers dans ce cadre périscolaire risque par ailleurs de se faire au détriment de l’enseignement des LVE dans le cadre scolaire, et donc de pénaliser les élèves « ordinaires » (non bilingues).
- Dans une troisième circulaire en date du 5 juin 2008, l’accompagnement éducatif est désormais qualifié « d’offre complémentaire aux enseignements en dehors du temps scolaire ». Ses activités s’étendent encore : « approfondissement disciplinaire, lecture, atelier scientifique, pratique des langues vivantes, découverte des métiers ». La liste des intervenants potentiels s’allonge : « des personnels non enseignants, des étudiants, des parents d’élèves, des bénévoles (membres d’associations, enseignants à la retraite...) »

L’avis du SNES

Même si les modalités pratiques de mise en œuvre restent inchangées, on voit bien que les domaines de l’accompagnement éducatif s’élargissent dangereusement de circulaire en circulaire, ce qui ne peut que confirmer nos craintes quant à l’externalisation de certaines disciplines.

Ce sont particulièrement les pratiques qui sont visées (pratiques artistiques et pratique des LV) ; les enseignements pourraient rapidement se réduire à l’acquisition de notions théoriques (surtout avec la moitié de l’horaire consacré à l’histoire des arts en éducation musicale et arts plastiques) et les pratiques systématiquement renvoyées à l’accompagnement éducatif ! Une telle évolution permettrait aisément au ministère de pour réduire les horaires d’enseignement.

On voit bien aussi que, loin de permettre « l’égalité des chances », ce dispositif accentuerait les inégalités puisque seuls les élèves volontaires participent aux activités.

Le contenu élargi du domaine « aide aux devoirs et aux leçons » est aussi très inquiétant quand on voit qu’ au-delà de l’« aide méthodologique » (comment : utiliser les outils, apprendre une leçon, respecter une consigne...), il peut comprendre des activités qui relèvent normalement des enseignements et/ou du temps scolaire : approfondissement disciplinaire, lecture, atelier scientifique, travail sur projet interdisciplinaire, recherches documentaires, pratique des langues vivantes... Quand on lit que « Des actions de tutorat, ainsi que des temps de découverte des métiers, peuvent également être organisées. », on peut légitimement se demander ce que vient faire la découverte des métiers ici. L’aide aux devoirs serait-elle devenue le temps de l’orientation des élèves ?

La liste croissante des éventuels intervenants pose aussi problème. Beaucoup d’intervenants extérieurs seraient soudainement qualifiés pour faire pratiquer aux élèves des activités qui incombaient jusqu’ici aux enseignants. Comment se concerteront-ils avec les enseignants ? Sur quels temps ? Avec quels moyens ?

De plus, dans certains départements, l’accompagnement éducatif ministériel vient s’ajouter à différents dispositifs déjà existants mis en place par des associations ou les collectivités territoriales et cet empilement de mesures se fait sans concertation entre les différents partenaires.

L’accompagnement éducatif : un jeu de dupes ?

En renvoyant la notion d’aide aux élèves dans le « hors temps scolaire » alors que l’ordinaire de la classe se dégrade avec les suppressions massives d’emplois dans le second degré, en renvoyant vers l’accompagnement éducatif des activités qui relevaient jusqu’à présent des enseignements disciplinaires, le ministère de l’éducation nationale ne vise-t-il pas à réduire les horaires élèves, ce qui permettrait de légitimer de nouvelles suppressions de postes ?

Pour l’instant, les Recteurs et IA distribuent les crédits ministériels affectés à l’accompagnement éducatif mais le dispositif doit aussi faire appel aux ressources locales (« le concours des collectivités territoriales et des associations sera particulièrement recherché »). Le risque d’un désengagement total du ministère à plus ou moins long terme n’est donc pas exclu. Ce qui ne pourrait que conduire à des inégalités territoriales importantes selon les moyens et la volonté politique des conseils généraux.

Ce dispositif pose aussi la question du contrôle des associations invitées à intervenir.

Rapport IGEN 2006 Acompagnement à la scolarité

Enfin, on ajoute à la confusion déjà existante dans les établissements du fait de l’empilement actuel des mesures d’aide et de soutien sans que se rencontrent ceux qui travaillent dans la classe et ceux qui travaillent en dehors.

Pourtant, en 2006, un rapport de l’Inspection Générale sur l’accompagnement à la scolarité dénonçait une « mauvaise articulation entre le scolaire et le para scolaire » et affirmait que la réussite dépend d’une étroite collaboration entre les professeurs, les accompagnateurs et les familles. Sans quoi le dispositif va tout droit à l’échec.

Comment faire dans les établissements ?

Dès le départ, en septembre 2007, l’accompagnement éducatif a été mis en place de façon précipitée et souvent confuse. Il s’est accompagné de l’attribution aux établissements d’un nombre important d’HSE (heures supplémentaires élèves) qui n’entrent pas dans le calcul de la DHG. (Dotation horaire globale).

Le projet doit obligatoirement être validé par le Conseil d’administration : celui-ci est donc l’occasion de s’assurer que le projet a bien été élaboré par les équipes et discuté collectivement, et d’exiger une grande transparence sur le fonctionnement du dispositif. Il est donc essentiel de réunir les collègues avant le C.A pour faire le point sur :

- Les moyens attribués à l’encadrement éducatif
- Les activités envisagées (en s’assurant qu’aucune n’entre en concurrence avec les enseignements ou activités qui relèvent déjà du temps scolaire, notamment les chorales)
- Le respect du volontariat des enseignants impliqués dans le dispositif
- La « qualité » et la qualification des intervenants extérieurs.

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