Lycée CHATEL 2010 : analyses du SNES

Accompagnement, tutorat, stages, langues vivantes, maison des lycéens, culture : analyse des circulaires parues au BO du 4 février 2010

Publiés sans aucune concertation préalable, ces textes sont les déclinaisons administratives des dispositifs installés par les décrets et arrêtés. Leur absence de réel contenu et la volonté de ne rien cadrer nationalement en renvoyant au local la responsabilité de gérer l’ingérable s’inscrivent totalement dans la dérive communicationnelle de ce ministère qui multiplie les effets d’annonce.

Les missions glissent, l’essentiel du travail sur l’orientation devenant de fait de la responsabilité des enseignants et non plus des Conseillers d’orientation psychologues, les tâches s’empilent : accompagner, tutorer, encadrer des stages, promouvoir la culture...en débattre en équipe pédagogique, puis en conseil pédagogique , puis en commission permanente, puis approuver en CA...
Nous avons toutes les raisons de nous mobiliser contre des réformes à l’efficacité pédagogique douteuse, mais au gaspillage d’énergie garanti.

Lien vers le BO

- Accompagnement personnalisé au lycée d’enseignement général et technologique
- Mise en place des stages de remise à niveau et des stages passerelles à compter de la rentrée 2010
- Le tutorat au lycée
- Langues vivantes au lycée d’enseignement général et technologique
- Maison des lycéens
- Favoriser l’accès de tous les lycéens à la culture

Accompagnement personnalisé au lycée d’enseignement général et technologique


Circulaire n°2010-013 du 29/01/2010

Mesure phare de la réforme, la très attendue circulaire sur l’accompagnement personnalisé continue d’entretenir le discours ministériel : soutien, approfondissement, aide à l’orientation, "suivi plus particulier d’un ou de quelques élèves via l’usage des technologies de l’information et de la communication". Coordonné par le professeur principal, il devrait être axé en Seconde plutôt sur la méthodologie, sur l’orientation en Première (mais la circulaire introduit la possibilité d’utiliser les heures pour les TPE), et sur le disciplinaire en Terminale.

Le projet est élaborée en équipe pédagogique, puis en conseil pédagogique, puis présenté par le proviseur au Conseil d’Administration pour approbation.

Mise en place des stages de remise à niveau et des stages passerelles à compter de la rentrée 2010


Circulaire n°2010-010 du 29/01/2010

Les textes concernant le tutorat et la mise en place des stages confirment le transfert des tâches assurées par les co-psy sur les enseignants mais ils soulignent également le déni de la complexité des processus à l’œuvre dans l’élaboration des projets et les risques auxquels les enseignants vont se trouver confrontés.

"Articulés avec l’accompagnement personnalisé, ces stages ont pour objectif de favoriser la réussite scolaire des élèves en proposant une offre éducative complémentaire."
Leur organisation étant pour l’essentiel renvoyée au local, ces stages seront très différents d’un établissement à l’autre.
Par ailleurs, leur mise en place pratique nécessitera de se rapprocher de la Région pour l’ouverture de l’établissement et le personnel de gardiennage. Les CPE seront-ils d’astreinte pour vérifier la présence d’élèves certes volontaires, mais qui renoncent à leur temps de repos ?
Il est enfin prévu une organisation des établissements "en réseau", de façon à "mutualiser les ressources".

1. Stages de remise à niveau

Ces stages s’adressent "aux élèves volontaires des lycées d’enseignement général, technologique et des lycées professionnels", sur "recommandation" du conseil de classe, en vue "principalement" d’"éviter le redoublement".
_Nous avons déjà dénoncé l’imposture consistant à faire croire que 20h de stage pendant les vacances ou bien les mercredis et samedis suffiraient à rattraper les difficultés accumulées par les élèves auxquels ces dispositifs s’adressent. Ces stages ne profiteront au mieux qu’à des élèves de niveau moyen....qui n’en ont pas besoin.
Des assistants d’éducation et des vacataires étrangers (pour les langues vivantes) pourraient prendre les élèves en charge, alors que le travail disciplinaire de remédiation n’est pas du tout de leur ressort.

2. Stages passerelles

Les stages passerelles censés permettre les changements de voie, s’apparentent d’après le dispositif davantage à des réorientations précoces puisqu’ils débuteront aux vacances de Toussaint. Ils concrétisent la politique de renoncement que nous avions dénoncée car ce sont bien entendu les jeunes les moins familiers avec les exigences du lycée pour lesquels une adaptation plus longue est nécessaire qui risquent d’en faire les frais. L’appellation de stages toboggans aurait mieux convenu ! Cette réforme contient en germe une violence institutionnelle dont les enseignants seront les premiers à faire les frais

Le tutorat au lycée


Circulaire n°2010-011 du 29/01/2010

Le tutorat vise à « conseiller et guider chaque élève qui le souhaite dans un parcours de formation et d’orientation. Le « tuteur » (enseignant, dont documentaliste, ou CPE), en principe volontaire, devra aider le lycéen dans l’élaboration de son parcours de formation et d’orientation, assurer un suivi tout au long de ce parcours, pendant 3 ans en coopération avec les différents acteurs de l’équipe éducative notamment professeur principal et conseiller d’orientation-psychologue, « auxquels le tuteur ne se substitue pas »
On constate que le MEN s’est bien gardé de confier aux tuteurs la charge « d’informer » les élèves, mais les situe comme médiateur de l’accès à l’information. Par contre il n’hésite pas à les placer sur le terrain du conseil qui paraît ne pas nécessiter de connaissances ni de compétences spécifiques ! Tout se passe comme si l’élaboration d’un projet émergeait « naturellement » à partir de la synthèse des informations recueillies. Or, il n’en est rien. Les tuteurs auront bien du mal à ne pas s’aventurer sur le terrain du conseil, au risque de projeter sur l’Autre ce qu’ils considèreront comme « bien pour lui » en fonction de la manière dont ils le perçoivent, de leur propre histoire, de leurs propres valeurs ou conceptions sur les formations ou les métiers. Cette représentation implicite sera nécessairement biaisée par la place du tuteur qui reste un évaluateur et non un psychologue, au fait des étapes d’élaboration des projets et de leur inscription dans le processus de développement de la personnalité à l’adolescence.
La nature des « outils » mis à disposition des tuteurs interroge également. De nombreux questionnaires et prétendus tests ne sont en effet nullement validés scientifiquement Mais quels moyens auront les tuteurs pour le savoir ? De même leur « formation » se résumera à l’édiction de « bonnes pratiques » clés en main, toutes aussi dépourvues de sens pour eux que pour les élèves !

Dans la pratique, les modalités d’organisation du tutorat sont arrêtées par le chef d’établissement après consultation du conseil pédagogique et du conseil des délégués pour la vie lycéenne. Le tuteur devrait être rémunéré au nombre d’élèves (nouveauté dans le paysage des traitements, qui nécessite un décret à paraître). L’engagement de la famille n’est pas clairement défini (un élève peut-il sortir du dispositif en cours de route ?). Les heures de tutorat doivent figurer à l’emploi du temps de l’élève. Un tuteur devrait suivre les mêmes élèves sur la durée de leur scolarité au lycée, mais gageons que le dispositif s’adressera en priorité aux élèves "difficiles" dans l’idée de les orienter...ailleurs.

Langues vivantes au lycée d’enseignement général et technologique : pourquoi lutter contre la réforme


Circulaire n°2010-008 du 29/01/2010

Langues vivantes : la circulaire invite à l’organisation de groupes de compétences, mais sans en expliciter l’obligation. Elle préconise diverses modalités d’organisation (partenariat avec l’étranger, enseignements en langues étrangères, modulation des périodes d’enseignements), à l’intérêt pédagogique parfois discutable, et de plus sans aucun moyens spécifiques !
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La maison des lycéens : un nouvel outil de pilotage ?


Circulaire n°2010-009 du 29/01/2010

1.L’existant (circ n°91-075 du 2 /04/1991)

Actuellement, beaucoup de MDL fonctionnent dans les lycées, mais ce n’est pas le cas partout. Leur fonctionnement est souvent calqué sur celui des anciens foyers socio éducatifs dont elles sont une émanation depuis 1991. Leur activité est variable : l’ouverture sur le temps scolaire d’espaces de convivialité tels que les cafétérias, parfois aussi l’organisation de manifestations culturelles, de moments festifs … Leur financement repose sur un système d’adhésion à l’inscription, non obligatoire, des ventes diverses, les photos de classes …. de très rares subventions des établissements. Le MDL finance aussi des activités de clubs.
C’est une association de type 1901 sous la responsabilité d’élèves majeurs qui peuvent disposer (en théorie) d’une grande autonomie dans l’organisation et la gestion financière de la MDL.
Il sont souvent guidés par un ou deux référents, personnels de l’établissement (CPE, enseignants) qui veillent au bon fonctionnement quotidien et financier et au suivi au fil des ans. Les élèves présidents et trésoriers sont fréquemment renouvelés ce qui impliquent une formalisation ou un cadrage de la gestion et de l’organisation pour que les passations se fassent dans de bonnes conditions. Les élèves investis le sont volontiers, parfois sur toute la durée de leur cursus, de la seconde à la terminale.
Selon les établissements, la MDL disposent ou non d’un lieu plus ou moins bien aménagé. Elle participe pleinement à la vie lycéenne, au sentiment d’appartenance des élèves à la communauté éducative et au climat de l’établissement. L’autodiscipline n’y est pas toujours permise. _ L’autonomie n’y est donc pas complète.
Dans le texte de 1991 : « La maison des lycéens, lieu de rencontre et de convivialité, est un outil essentiel du développement de l’ action culturelle au sein de l’ établissement, placé sous la responsabilité des élèves »

2.La nouvelle circulaire (n°2010-009 du 29/01/2010)

La dimension de lieu attachée à la MDL disparaît. Le texte réaffirme la MDL en tant qu’association, « outil au service des élèves », « nouvelle dynamique » de la « conquête de l’autonomie des lycéens » en dehors du temps scolaire, élément de l’engagement valorisé dans le cadre des activités péri éducatives complémentaires au socle commun (orientation et formation professionnelle tout au long de la vie).
L’accès à ces responsabilités seraient possible, et encouragé, à partir de 16 ans (texte en cours de rédaction qui ne sera pas sans poser de problème en terme de responsabilités pénale ou juridique).
Une assurance individuelle est exigée pour les membres de l’association, c’est nouveau, excessif (la responsabilité civile des parents peut suffire). La MAIF propose un forfait annuel pour ce type d’association.
Le fonctionnement de la MDL est lié au CVL, nouveauté, c’était l’assemblée des délégués qui était concernée avant, mais ce lien n’était pas effectif dans la plupart des établissements.
Le rôle d’appui du CPE s’inscrit dans ses missions (animation socio éducative).
L’objectif de la MDL est plus ambitieux : la vie culturelle et sociale du lycée en lien avec le volet culturel du projet d’établissement (voir texte « favoriser l’accès de tous les lycéens à la culture »). Ce qui implique de rendre lisible, de programmer et d’inscrire les activités de la MDL dans le projet d’établissement. Le lien avec le CVL devient important, rôle d’impulsion et/ou de contrôle. La place du référent culturel n’est pas mentionnée mais peut être supposée.
Conclusion : une volonté d’inscrire les activités de la MDL dans l’organisation de l’établissement, c’est le paradoxe : une autonomie renforcée mais cadrée et contrôlée.
L’IG Vie scolaire a théorisé sur la nécessité d’accrocher la « vie de l’élève, vie scolaire » en lien avec le pôle pédagogique. Le chef d’établissement devra désormais rendre des comptes sur cette partie jusqu’à présent « invisible » laissée à l’initiative des lycéens ou inexistante.
On est passé d’un rôle actif c’est-à-dire non prescrit mais vivant ou pas dans les faits, à un rôle prescrit au service de la politique gouvernementale, en particulier l’orientation, avec un contrôle via le projet d’établissement et les injonctions faites aux proviseurs . Cela provoquera sans doute trois situations : l’une, où rien ne changera, la seconde où la MDL sera sous la coupe et les injonctions de la direction et où la direction des élèves sera complètement formelle (ceci facilité par le faits qu’il y aura des mineurs), la troisième où face à ces injonctions la MDL périclitera tout en respectant formellement l’injonction.
La MDL : nouvel outil de pilotage ?

Le rôle des délégués de classe disparaît au profit du CVL (ce lien disparaît aussi dans la mise en place de l’élection directe des représentants du CVL).
Le CVL acquiert ainsi de super pouvoirs.
La question des ressources de la MDL n’est abordée si ce n’est par l’auto financement.

Favoriser l’accès de tous les lycéens à la culture : un inventaire fourre-tout sans moyens

Circulaire n°2010-012 du 29/01/2010

Trois problèmes majeurs :
- il s’agit davantage d’une circulaire Culture que d’une circulaire Education.
- une confusion entre enseignements et culture : tout est dans tout !
- aucun moyen évoqué pour la mise en œuvre
Il y a confusion dans ce texte entre la culture, les enseignements, les pratiques. Tout est mélangé comme si tout était équivalent et pouvait garantir une même formation et « un égal accès à la culture », tout est mis sur le même plan : enseignements, pratiques, rencontre avec des artistes et des œuvres, projets de classe, chorales, ateliers etc…
Il s’agit d’un inventaire de ce qu’il est possible de mettre en œuvre dans un lycée plutôt que d’un véritable projet.
Les CVL et les maisons des lycéens sont même évoqués pour faire du lycée un lieu de culture.
Il y est aussi question de la généralisation de l’histoire des arts, de la fréquentation accrue des lieux de culture, de généraliser les liens entre les établissements scolaires et les lieux de culture, en collaboration avec les DRAC etc…et d’une obligation de partenariat avec une structure culturelle, de concerts, spectacles, galeries, rencontres, parrainages.
Bref, un inventaire et c’est tout !

Il y est même question du développement des vocations scientifiques et de la place de la culture scientifique et technologique.
Concernant les projections cinématographiques dans les lycées, pourquoi pas ? Mais quel budget ? Invoquer le développement des partenariats et l’accès à des œuvres cinématographiques au moment où des heures d’options cinéma sont supprimées à cause de la réforme, options qui justement permettait aux élèves de travailler sur des œuvres cinématographiques, en partenariat, est problématique…
Il y est aussi question de l’Education aux médias. Encore un affichage alors que l’espace où les documentalistes pouvaient se glisser pour travailler en collaboration avec les enseignants n’existe quasiment plus : suppression des modules, des heures d’aide, diminution de l’horaire de TPE etc …
Un référent culture doit être désigné dans chaque lycée. Cela ne va pas se bousculer au portillon car c’est un vrai travail à plein temps…dont la rémunération éventuelle n’est pas évoquée !!

Au passage, on invoque les TICE, les sites internet , l’égalité des chances, les conventions avec les musées nationaux…Il y est aussi question des sites des conseils régionaux. Bref...un inventaire sans aucun moyen prévu.

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