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Trois films de Bo Widerberg (Suède)

"Adalen 31" (1969) "Le péché suédois"(1963) "Elvira Madigan"(1967) Sorties en salles le 29 janvier 2014.

Cette rétrospective sélective Bo Widerberg a été présentée au Festival Premiers Plans d’Angers.

"Le péché suédois" qui reflète l’admiration que le réalisateur suédois avait pour la Nouvelle Vague du Cinéma français, se situe dans les années cinquante.

Britt Larsson, une jeune ouvrière d’usine, fait la connaissance de Björn, un garçon d’origine bourgeoise. Un premier rendez-vous manqué met prématurément fin à leur histoire.

Britt rencontre alors Robban, musicien et chanteur, fantasque mais attachant dont elle tombe enceinte.

Elle décide de garder l’enfant. Ils s’installent dans un petit appartement mais le jeune couple ne résiste pas aux contraintes du quotidien.

Britt décide l’élever seule son enfant.

La réalisation du "péché suédois" est des plus audacieuses. Rompant avec les lignes du récit linéaire, elle joue sur les ellipses, les scènes tronquées, mêle événements saillants et narration en creux. Le jeu des comédiens, à peine distancié confirme l’originalité de ce film où se mêlent quotidien et cruauté.

Avec "Elvira Madigan" , quatre ans après "Le péché suédois" Bo Widerberg change complètement de registre.

En 1889, un officier de l’armée suédoise d’origine noble, Sixten Sparre, rencontre une danseuse funambule de cirque, la belle Elvira Madigan.

C’est entre les deux jeunes gens un véritable coup de foudre. Au point que lui déserte l’armée et qu’elle quitte le cirque.

Commence alors pour eux une fuite qui les amène dans la campagne danoise. Si leur bonheur est intense, leur liaison illégitime soulève l’hostilité et la précarité de leur existence devient pesante.

Le film tourné comme un road-movie est d’une beauté fulgurante. La musique, les couleurs, les costumes, les paysages bucoliques échappent à toute insistance ou mièvrerie.

La photo souvent surexposée, qui fait disparaître l’arrière-plan, provoque des effets sublimes.

Thommy Berggren qui tourna à plusieurs reprises sous la direction de Bo Widerberg fait une magnifique composition et Pia Degermark qui joue Elvira Madigan, quoique débutante, obtint le prix d’interprétation au Festival de Cannes en 1967.

Bo Widerberg aborde un tout autre genre cinématographique avec "Adalen 31" qu’il tourna en 1969 et dont le récit repose sur une grève des dockers qui se durcit le jour où le patron fait appel à des jaunes.

Alors que la grève s’étend à d’autres provinces et que le pouvoir fait appel à l’armée, Kjeli, Andersson, fils de docker, s’éprend d’Anna, la fille du patron.

Dans les rues, le ton monte jusqu’au drame.

"Adalen 31" est dédié aux cinq dockers qui périrent au cours de l’affrontement dont la mort allait faire prendre un virage à la politique du pays.

Vue au microscope du vécu, du quotidien le plus banal, comme une grande aventure individuelle et collective qui prend une dimension épique, le récit hors de toute sensiblerie va dans le sens d’une expérience unique, déchirante mais féconde, où l’éveil à la vie des sens coïncide avec l’éveil à la conscience sociale et politique.

Ces trois films, judicieusement choisis pour représenter la filmographie de Bo Widerberg, montrent, par leur diversité et leur indéniable parenté, l’étendue du grand talent de ce réalisateur suédois qui disparut en 1997.

Francis Dubois

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