Actualité théâtrale

À partir du 13 janvier au Petit Montparnasse

« Adieu Monsieur Haffmann »

À Paris en 1942 le port de l’étoile jaune vient d’être imposé aux Juifs. Monsieur Haffmann a réussi à envoyer sa femme et ses quatre enfants en Suisse, mais il est resté pour s’occuper de sa bijouterie. Il comprend que les temps vont devenir terribles pour les Juifs et propose à son employé Monsieur Vigneau de lui confier son magasin à condition de pouvoir se cacher dans la bijouterie en attendant que la situation s’améliore. Monsieur Vigneau hésite puis, en accord avec sa femme Isabelle, accepte mais pose une condition surprenante.

Théâtre : Adieu Monsieur Haffmann

Jean-Philippe Daguerre a écrit et signé la mise en scène de cette pièce, qui fait penser à un scénario de cinéma avec des rebondissements qui surprennent le spectateur. La parole forte et les retournements de situation maintiennent un rythme rapide et tiennent le spectateur en haleine sans nuire à l’émotion. En dépit de la situation, il y a des moments où l’on rit. La scène est divisée en deux. Côté jardin, la cave où se cache Monsieur Haffmann, qui ne monte au premier étage que pour déjeuner avec Monsieur Vigneau et sa femme. Un lit, un bureau, un tableau au mur, voilà désormais son univers. Côté cour, la cuisine où trône la radio qui diffuse les informations et la musique de l’époque. Entre les scènes un fondu au noir, comme au cinéma.

Le jeu des acteurs tout en nuances, sert très bien la pièce. Charles Lelaure incarne un Pierre Vigneau pragmatique, dont le talent se révèle au gré des circonstances. Julie Cavanna est Isabelle, plus fine et empathique, plus inquiète aussi. Alexandre Bonstein est un Josef Haffmann auquel la situation n’a pas fait perdre son humour. Franck Desmedt et Charlotte Matzneff incarnent le couple Abetz et complètent le trio, aussi inquiétants l’un que l’autre, lui par ses menaces à peine voilées, elle en Suzanne Abetz toute en vulgarité.

Cette jolie pièce permet d’explorer le comportement de chacun pendant l’Occupation, lorsque comme la majorité des Français ils ne furent ni des héros ni des salauds et s’efforcèrent de « faire que le courage soit plus fort que la peur ». Après Avignon la pièce mérite de connaître un grand succès à Paris.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Petit Montparnasse

31 rue de la Gaîté, 75014 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 22 77 74

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Ruy Blas »
    Cet été le château de Grignan se met à l’heure de l’Espagne du XVIIème siècle pour accueillir le drame romantique de Victor Hugo. La reine d’Espagne vient d’exiler Don Salluste qui a déshonoré une de ses... Lire la suite (21 juillet)
  • La nuit juste avant les forêts
    Tout d’abord, il y a le texte, dur, puissant, superbe, qui résonne fortement avec l’actualité. Et pourtant, Bernard-Marie Koltes l’a écrit et fait représenter dans le Off d’Avignon en 1977. Il ne sera... Lire la suite (20 juillet)
  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)