Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Paz Fabrega (France, Costa Rica, Espagne, Mexique)

"Agua Fria" Sortie le 23 mars 2011

Karina, qui appartient à une famille modeste mais unie et aimante, fait une fugue d’une nuit.
Endormie dans les herbes, au bord de la route, elle est découverte par Mariana et Robrigo, un jeune couple qui se rend sur la côte Pacifique, au sud de Costa Rica, pour y négocier la vente d’un terrain.
La gamine raconte qu’elle est orpheline et qu’elle a fui un oncle incestueux.
Mariana prend pour argent comptant les révélations de la fillette et, avec son ami, ils envisagent de la ramener chez elle le lendemain matin.
Mais, à leur réveil, Karina a disparu.
Il serait faux et réducteur de limiter le film de Paz Fabrega à l’anecdote car il est bien ailleurs. Il est dans la sensibilité et l’acuité des regards, l’étrangeté émanant de l’ordinaire, dans l’enchaînement des sentiments qui conduit à leur insu, les personnages à s’engager dans un labyrinthe de révélations sur eux mêmes.
Les lieux se chargent de mystère à la lumière d’événements banals, infiniment crédibles, qui renvoient parfois à l’univers subtilement étrange de certains films de Bunuel. Des serpents de mer que la température basse de l’eau fait apparaître par dizaines sur la plage, sont-ils une simple attraction pour les riverains ou bien représentent-ils un danger, ou encore, sont-ils l’augure de quelque malédiction ?

Par quel biais mystérieux, la rencontre de Mariana avec l’enfant, détournera-t-elle la jeune femme des raisons de son voyage, l’éloignera-t-elle de son ami ou de la liesse ambiante, un soir de réveillon ?
Et comment en est-on subitement arrivé à ce que les deux personnages de Mariana et Karina, malgré l’écart de génération, fonctionnent en miroir.
"Agua Fria" avance sur deux lignes parallèles, étroitement liées mais distinctes au point de sembler appartenir à deux genres cinématographiques différents. Dans le déroulement simple de la vie ordinaire, quelque chose de mystérieux, d’opaque, s’invite insidieusement et, dans cet enchaînement du quotidien chargé de mystère, surviennent d’autres événements tout aussi banals ?
Même si le récit s’intéresse à des personnages étrangers les uns aux autres et fait se croiser les récits, on est bien loin, de notre cinéma choral. La façon dont s’enchevêtrent les événements en rangs désordonnés, produit tout le charme de ce film singulier dont le cheminement, tout en avancées sinueuses, presque imperceptibles, entraîne dans un univers qui, sans jamais y tomber, n’en finit pas de frôler l’étrange et le surnaturel…
Un film à voir pour savourer le plaisir d’une sorte d’envoûtement.
Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Have a nice day »
    Alors qu’une pluie ininterrompue s’abat sur une petite ville du sud de la chine, Ziao Zhang, qui veut offrir les service d’un chirurgien renommé à son amie défigurée au cours d’une première opération... Lire la suite (23 juin)
  • « Jerico, l’envol infini des jours »
    C’est dans le village de Jérico, niché au cœur de la Cordillère des Andes où vivait sa grand mère que Catalina Mesa est allée à la rencontre de femmes qui, face à sa caméra, évoquent leur passé et leur... Lire la suite (23 juin)
  • « Sicilian Ghost story »
    Habitant d’ un village sicilien, Giuseppe, un garçon de 13 ans disparaît subitement. Toutes les éventualités sont envisagées, mais Luna, sa camarade de classe, écarte l’idée d’une disparition... Lire la suite (13 juin)
  • « Filles du feu »
    Elles ont à peine vingt ans et elles affrontent, en guerrières, l’état islamique au Kurdistan syrien. Dans cet endroit du monde où l’homme marche devant et la femme derrière, le fait qu’elles aient... Lire la suite (12 juin)
  • « Désobéissance »
    Ronit est allée vivre à Manhattan où elle est devenue une photographe reconnue. Elle est partie aux États-Unis pour faire carrière mais aussi, et peut-être plus encore, pour prendre de la distance avec... Lire la suite (10 juin)