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Un film documentaire de Marie Maffre (France)

"Ainsi squattent-ils" Sortie en salles le 5 juin 2013

Deux années durant, la réalisatrice Marie Maffre a suivi le Collectif "Jeudi Noir"(les galériens du logement) depuis l’occupation de l’hôtel particulier de la Marquise, place des Vosges, jusqu’à celle d’une tour de huit étages appartenant au groupe Axa, située Avenue Matignon, en passant par celle d’immeubles souvent inoccupés depuis des années, dans le 9ème, le 10ème ou le 17ème arrondissement de Paris.

Elle livre avec ce film, le récit poignant d’un combat de tous les jours et de chaque instant, les moments de liesse, de convivialité, de soutien mais aussi d’angoisse quand la menace de l’expulsion est toujours présente dans les esprits.

Albert Jacquart analyse le concept "d’appartenance" qui, selon lui, ne peut être que destructeur.

La planète ne devrait-elle pas être une propriété collective ?

Le Collectif "Jeudi noir" agit dans le but de rompre avec une schizophrénie sociale qui échappe à tout bons sens et n’a de justification que dans un souci de profit : d’une part des milliers de mètres carrés inhabités et de l’autre par dizaines de milliers, des personnes sans logement et autant d’autres vivant dans des conditions rudimentaires et d’insalubrité.

Refusant cette double fatalité, le Collectif "Jeudi noir" occupe des bâtiments vides de tout habitant et de toute activité depuis des années voire plusieurs décennies.

Son objectif est dans un premier temps de dénoncer cet état de choses et de sensibiliser les riverains et les français en général à cette réalité, par l’intermédiaire de certains médias.

Il est ensuite de donner pour des périodes de durée variable, un toit à des personnes en situation de précarité.

Ce sont souvent des étudiants économiquement démunis pour qui c’est le seul moyen de pouvoir poursuivre leurs études, des chômeurs, mais aussi de jeunes actifs dont les revenus ne leur permettent pas d’envisager un contrat de location.

Ce peut être aussi, mais ce ne sont que des cas isolés, des êtres qui redoutent la solitude et trouvent dans les squats une vie collective à leur convenance.

Il faut savoir qu’en France plus de 10 000 familles sont chaque année expulsées de leur logement, que 100 000 personnes vivent dans des campings, que 60 000 logements habités sont insalubres, que 100 000 individus vivent dans la rue, qu’un million d’euros sont dépensés

chaque jour pour fournir des logements d’urgence…

La caméra de Marie Maffre suit le rituel d’une occupation d’immeuble par le Collectif. Le franchissement du porche, l’aménagement avec le ballet des matelas, des tréteaux, le rangement des provisions, la distribution des espaces, l’installation, la vérification de l’approvisionnement en eau, en électricité, la constitution des équipes pour la mise en état, l’entretien des lieux.

L’enthousiasme premier auquel font suite l’inquiétude, le harcèlement financier, le montant des loyers demandés auquel les insolvables ne peuvent faire face, la menace permanente de l’expulsion pour quelle autre solution de rechange ?

L’ardeur du militantisme qui ne suffit pas toujours à résorber les coups de blues, les moments de découragement.

Lors de l’expulsion d’un immeuble du 10ème arrondissement, Marie Maffre s’est vu confisquer son matériel et ses rushs. Elle a fort heureusement pu les récupérer pour nous offrir à voir un film sur notre monde déraisonnable, sur ses laissés pour compte, sur cette catégorie inédite de hors la loi qu’il engendre.

Francis Dubois

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