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Un film de Nicolas Wadimoff (Qatar/Suisse)

"Aisheen, chronique de Gaza" Sortie en salles le 26 mai 2010

Dans Gaza dévastée, un enfant pénètre dans l’enceinte de ce qui était, avant la guerre, un parc d’attractions et demande au gardien occupé à remettre debout ce qui n’est plus en état de marche : "Elle est où, la cité des fantômes ?" De quelle cité des fantômes veut-il parler ? De l’attraction ainsi nommée où l’on payait pour ressentir des émotions fortes ? Ou de la ville elle même dont il ne reste rien, fantomatique avec ses immeubles en lambeaux, ses chaussées défoncées, les silhouettes qui se faufilent entre les ruines. Le film de Nicolas Wadimoff a été tourné dans la bande de Gaza, pendant les quatorze jours autorisés, trois semaines après la fin des bombardements. Il n’y a alors, et pendant toute la période du tournage, aucun israélien présent et c’est pour cette raison que la parole est donnée dans le film, aux seuls palestiniens. L’équipe qui ne savait pas au départ ce que serait le documentaire fini, est simplement allée vers les gens qui vivent au quotidien cette situation absurde et intenable. Il n’était pas question de discourir ou de faire des analyses de la situation. Au point où en sont les choses, la guerre, les conflits politiques sont des sujets dépassés tant la population s’est fixée sur le seul souci de survivre, de trouver chaque jour de quoi se nourrir et quand on a les aliments, le gaz nécessaire à leur cuisson.

Partant du principe que, depuis des années maintenant, pour qui veut savoir ce qui se passe dans la bande de Gaza, il est facile d’avoir toutes sortes d’informations, Nicolas Wadimoff pensait utile que le film aille capter quelque chose d’essentiel, entre les lignes, entre les mots. Il s’agissait donc de filmer l’instant où les gens sont ce qu’ils sont et non pas ce qu’ils veulent montrer d’eux. Le tournage saisit le pays dans cette période où on quitte le pire et où il faut trouver l’énergie pour se relever du chaos. La mort est encore présente et c’est une réalité si familière qu’il s’agit de la valoriser. A deux reprises dans le film, un enfant et plus tard, un adolescent parlent de mourir en martyr et c’est peut-être parce que la vie tient à si peu de choses, qu’il faut tirer profit de la mort. Le culte de la mort et du martyr s’est installé dans les esprits même si, malgré les conditions si difficiles, la culture de la vie reste très forte à Gaza.
La séquence avec les employés du Zoo de Gaza qui tentent vaille que vaille de trouver de quoi nourrir les animaux et les soigner comme si l’existence de cet établissement, complètement incongrue dans le contexte, faisait partie de ce qui, par sa futilité, donne l’illusion que Gaza vit comme les autres villes.
Il en est de même pour la séquence des chanteurs de rap où chanteur et musiciens évoquent la liberté artistique face aux oppressions. Or, le groupe Darg Team se heurte à deux sortes de difficultés : exister en dépit du blocus et des bombardements et faire face au contrôle absolu du Hamas. Le groupe est obligé de mener un double combat, contre l’occupant mais également contre le conservatisme.
Une troisième séquence, celle des enfants à l’école qui se livrent à un "jeu de rôles" et reproduisent la souffrance de leur existence, montre à quel point même l’âme enfantine est entamée par la situation extrême. Elle montre aussi la difficulté d’être enseignant et comment le jeu qui s’orientait vers le don de sa vie, le martyr se retrouve, de l’initiative de l’institutrice, guidé vers le plus positif, la solidarité et l’union.
La caméra de Nicolas Wadimoff sait capter, le détail, l’infime, la voile furtif de la peur dans un regard, une inquiétude qui passe sur un visage, un sourire rassurant qui semble lancer un défi au lendemain.
Francis Dubois

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