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Un film de Scandar Copti et Yaron Shani (Israël)

"Ajami" Sortie en salles le 7 avril 2010

Omar est un jeune arabe israélien. Lui et sa famille sont en danger. Ils redoutent des représailles depuis que l’oncle, au cours d’une tentative de racket dont il fut la victime, a tiré sur un membre d’une autre famille. L’offense et le drame peuvent-ils être réparés ? Il faudrait pour cela commencer par réunir une grosse somme d’argent que ni 0mar, ni sa famille de possèdent.
Malek est un jeune réfugié palestinien. Pour gagner la somme nécessaire à l’opération chirurgicale que devrait subir sa mère, il travaille illégalement en Israël.
Dambo, lui, est un policier juif. Lorsqu’il apprend la mort de son frère disparu des rangs de l’armée, il n’a plus qu’un seul projet, retrouver les criminels et le venger.
Ajami est une ville pauvre à la périphérie de Jaffa en Israël. C’est un lieu cosmopolite où cohabitent juifs, musulmans et chrétiens et où sont confrontées, au quotidien non seulement les différentes cultures mais également des perspectives humaines opposées.
Dans ce film qu’ils ont co-écrit, les deux réalisateurs rendent compte, partant chacun de sa propre identité, du double aspect du conflit israélo-palestinien . L’un,.Scandar Copti est un citoyen palestinien de l’Etat d’Israël et l’autre, Yaron Shani, un juif israëlien. D’origines socio-politiques différentes, ils ont en commun la passion du cinéma et le respect de l’humanité. "Ajami" est le constat qu’ils font des conséquences de la cohabitation de deux peuples en conflit, où la violence et le crime sont présents au quotidien, ou un simple problème de voisinage peut dégénérer et se régler au couteau.
Les trois récits s’entrecroisent pour constituer un film choral qui repose sur des éléments narratifs universels : une histoire d’amour contrariée par la situation, une histoire de drogue qui passe de main en main et laisse miroiter l’acquisition d’un pécule, des histoires de vengeance, politique ou tribale. Elles sont accompagnées par la voix off de l’un des protagonistes, un adolescent pourvu d’un don de divination dont la présence juvénile sans cesse sur le qui-vive, ajoute à l’atmosphère tendue du film, au climat d’insécurité permanente qui fait partager au spectateur la menace insoutenable d’un danger présent à chaque instant. La banalisation de la violence et du crime dans ce contexte où il semble, qu’à vivre le quotidien de la façon la plus inoffensive, on peut s’exposer à la suspicion du voisinage, aux conséquences d’une rivalité ou d’une jalousie, à une interprétation déformée de la réalité, devient palpable.
L’une des qualités du film est de rendre compte à quel point l’atteinte à l’autre peut, en se banalisant, se fondre dans le déroulement du quotidien. A quel point le geste de tuer fait fi de tous les obstacles qui préservent habituellement le respect de la vie. La mort appelle la mort et fonde son irrésistible spirale. Tuer devient un acte ordinaire et peut-être même, pour ceux qui ont perdu tout repère d’humanité, une raison de vivre !
Francis Dubois

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