Actualité théâtrale

Au Petit Montparnasse

"Alexandra David-Néel, mon Tibet…" de Michel Lengliney, mise en scène Didier Long

Alexandra David-Néel a été une des grandes figures du voyage du début du 20ème siècle. Elle fut également journaliste, écrivain, exploratrice. Féministe avant l’heure –elle milita en 1910 pour un salaire de la femme au foyer- anarchiste, sans pour autant renier ses origines bourgeoises, elle est considérée aujourd’hui comme une sorte de visionnaire. Pendant des décennies, elle parcourut des milliers de kilomètres de jungles, de steppes ou de régions glacées, et fut la première occidentale à pénétrer dans un Tibet interdit d’accès à l’époque.
A la fin de sa vie, réduite à une quasi totale immobilité, elle se retire en haute Provence…
La pièce débute par le premier contact qui s’établit entre Alexandra David-Néel et la jeune femme qui entre à son service et lui servira jusqu’à la fin, tout à la fois de gouvernante, d’infirmière, de lectrice, de secrétaire et de cuisinière… Nous sommes alors vers la fin des années cinquante.
L’idée qui a sans doute séduit Michel Lengliney est l’affrontement de ces deux personnalités entre les murs de la maison provençale. D’un côté l’autoritaire et fantasque Alexandra David-Néel et de l’autre, Marie-Madeleine, une jeune femme au caractère tout aussi trempé qui va très vite dépasser les limites de sa mission en s’attachant sincèrement à la vieille dame.
Dommage que Michel Lengliney s’en soit tenu le plus souvent à une succession de scènes démonstratrices, de situations attendues et à un dialogue percutant plus prompt à aligner les mots d’auteur qu’à servir le face à face des deux personnages.
Hélène Vincent, comédienne subtile, parvient à éviter beaucoup d’écueils et à composer, malgré les facilités du texte et de sa construction, cette femme saisie dans ses contradictions, à la fois détestable et attachante et à la garder crédible et savoureuse. Il n’en est pas de même pour Emilie Dequenne dont le personnage se perd dans les méandres d’un portait inutilement surchargé. Est-ce pour renforcer son texte que Michel Lengliney en fait une "pied noir" attachée à la terre de ses ancêtres dont les convictions colonialistes vont fatalement se heurter aux idées avancées de Alexandra David-Néel à propos de l’indépendance du peuple algérien et du tracé incontournable du cours de l’Histoire…
Mais il reste une raison pour assister à ce spectacle plus bancal que manqué, c’est d’aller y voir, dans la démonstration de son grand talent et de son extrême modestie, une comédienne trop rare sur les scènes de nos théâtres, que le public connut autrefois au cinéma interprétant Madame Duqueynois chez Chatillez et qui compte sans doute parmi les plus grandes dames de la scène…
Francis Dubois

Petit Montparnasse.
31 rue de la Gaité Paris 14ème
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 43 22 77 74
www.theatremontparnasse.com/ ("Théâtre Montparnasse" et "Petit Montparnasse")

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)
  • « La danse de mort » d’August Strindberg .
    Dans une citadelle, sur une île de garnison, vivent reclus dans un décor gris un officier intègre et autoritaire et sa femme, Alice, une ancienne actrice qui a laissé derrière son passé et dont les... Lire la suite (13 octobre)
  • « La mort de Tintagiles »
    « La mort est une force extérieure qui empêche tout mouvement qui s’oppose à elle. L’amour est une force intérieure qui incite à agir contre la mort ». Le texte de Maurice Maeterlinck, conte initiatique... Lire la suite (10 octobre)
  • « Mme Klein »
    À Londres en 1934, Mélanie Klein, que l’on peut considérer comme l’une des premières psychanalystes pour enfant dans les années 1920, vient d’apprendre la mort de son fils Hans à Budapest. Naturalisée... Lire la suite (9 octobre)
  • « Non, c’est pas ça ! (Treplev Variations) »
    Ils sont trois sur scène, une femme et deux hommes, ils devaient être treize et jouer La mouette , mais l’un d’eux, le metteur en scène probablement, s’est suicidé. Ils ont décidé de continuer le... Lire la suite (7 octobre)