Nouvelles internationales

Algérie : l’action syndicale pour un véritable renouveau politique

Lorsque le pouvoir en place annonce, en février dernier, que Bouteflika, qui a quasi disparu de la scène politique, se représente aux élections présidentielles, c’est la stupeur dans le pays. Le peuple algérien conteste immédiatement cette manoeuvre politique, les syndicats autonomes deviennent alors des acteurs clés pour la construction du renouveau démocratique de l’Algérie.

Le 22 février, une manifestation spontanée rassemble plus d’un million de personnes, une semaine plus tard, près de 7 millions d’algériens et d’algériennes envahiront les rues des principales villes pour dire non à un 5e mandat de Bouteflika et oui à des élections libres.

Le peuple manifeste

C’est historique car depuis l’indépendance, il n’y a jamais eu d’élection libre, tout était décidé par une poignée de personnes et validé par un plébiscite. Cette fois, la mésentente ou les rivalités au sommet de l’Etat ont conduit à la pitoyable candidature Bouteflika que le peuple a rejetée ; rejetées également toutes les manœuvres dilatoires qui voulaient maintenir l’actuel président en place jusqu’à une date non précisée. Ainsi le peuple algérien a obtenu la démission de Bouteflika, la plupart des anciens responsables sont sous les verrous, le « pouvoir » a été remis aux deux B : Bedoui premier ministre et Bensalah président par intérim, qui assurent la continuité de l’Etat. Mais comment l’Algérie va t-elle sortir de cette crise ? L’enjeu est de taille car la politique désastreuse des précédents gouvernements a dilapidé des milliards de dollars, sans créer de richesses malgré la rente du pétrole. Avec une politique économique basée sur le plein d’importations, l’Algérie n’a pas développé d’industrie, a raté le pas de l’énergie solaire, le chômage est important et le pays se retrouve sous la coupe du FMI.

Aussi, tout est à reconstruire et les syndicats indépendants de l’ancien pouvoir tiennent à y prendre leur part. 14 syndicats nationaux se sont ainsi constitués en conférence des syndicats autonomes (CSA) et nous avons interrogé les deux syndicats de l’éducation qui participent à l’émergence du renouveau politique.
La CSA a tout d’abord clairement apporté son soutien au peuple qui manifeste son exigence de démocratie ; Bedoui a bien tenté d’inciter des membres de la CSA à participer au gouvernement mais les syndicats ont, fort justement, refusé de se compromettre avec le pouvoir transitoire en place. La CSA a commencé sa réflexion sur la sortie de crise, en restant à l’écoute du peuple. Le peuple manifeste tous les vendredi et « nous, on se réunit chaque samedi, on essaie de rapprocher les différents points de vue » nous disent Meziane et Saddek, « on a aussi intégré dans nos réunions des associations et d’autres syndicats, pourvu qu’ils n’aient eu aucune relation avec le pouvoir précédent  », voilà qui est clair. Le 15 juin, pas moins de 120 organisations de la société civile se sont ainsi accordées sur une feuille de route comprenant les dispositions suivantes :
-  Période transitoire de 6 moins à un an maximum, avec à la tête du pays une personne irréprochable dirigeant un gouvernement d’union nationale ;
-  Création d’une commission électorale pour élaborer une loi électorale organiser les élections ;
-  Organisation d’un dialogue national dans tout le pays, avec une conférence finale qui arrêtera les modalités politiques ainsi que la transition, la constitution actuelle étant ainsi « mise de côté ».

Mais les partis politiques sont à l’écart du processus pour le moment, ils sont débordés et affaiblis car, à leur décharge, le système précédent les a cassés, alors que les syndicats autonomes ont toujours été des poches de résistance. La CSA souhaite néanmoins rassembler société civile et partis politiques, du moins ceux qui ne sont pas liés au pouvoir précédent. De plus, il y a des mesures urgentes à prendre : libérer les prisonniers d’opinion, libérer l’information car pour le moment tant la télévision d’Etat que la presse écrite relatent les événements de façon partiale. Le 25 août, une rencontre de concertation entre la société civile et les partis politiques issus de l’opposition a pu se tenir et les conclusions ont été prometteuses pour l’avenir, puisque la feuille de route de la CSA a été favorablement accueillie.

Selon Meziane et Sadek, le problème dépasse les frontières algériennes car une Algérie puissante peut remettre en cause les monarchies arabes et une Algérie prospère peut gêner les puissances mondiales.

« Nous les syndicats sommes conscients de la responsabilité qui nous incombe et nous sommes optimistes sommes optimistes quant à la volonté du peuple algérien pour transcender cette crise. Notre ligne est claire : la parole au peuple, une transition pacifique vers des institutions démocratiques, un sursaut économique propre à assurer l’avenir prospère de l’Algérie. »

Les manifestations du vendredi

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