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Un film de Claudio Giovannesi (Italie)

"Ali a les yeux bleus" Sortie en salles le 7 mai 2014.

Nader a seize ans, la fougue et l’impétuosité de son âge. Il est romain d’origine égyptienne et vit au sein d’une famille musulmane pratiquante.

Il est tiraillé entre les poids de ses origines et son profond désir d’intégration. La raison pour laquelle, il a opté pour des lentilles de contact de couleur.

Lorsqu’il annonce à sa famille qu’il est amoureux de Brigitte, une jeune italienne de son âge, ses parents s’opposent catégoriquement à cette relation contraire à leur culture.

Sur un coup de tête, Nader quitte le domicile familial et jure de n’y revenir que lorsque ses proches auront assoupli leur attitude.

Avec son ami Stefano, il commet un petit hold-up pour offrir un anneau à Brigitte mais plus, grave, un soir dans une boîte, au cours d’une bagarre, il blesse un jeune roumain.

Les deux adolescents auront bientôt toute une bande d’hommes avides de vengeance à leurs trousses. Ils devront fuir sans cesse, et pour Nader commence une vie d’errance jalonnée de toutes sortes de dangers…

"Ali a les yeux bleus" est un film qui parle de l’adolescence dans la société multiculturelle de l’Italie d’aujourd’hui, de l’intégration de cette seconde génération d’immigrés à la société italienne.

Nader ne voudrait recueillir que les avantages de sa vie dans la banlieue romaine : la possibilité d’aimer sans les contraintes religieuses engendrées par une famille très religieuse, de se livrer pleinement aux plaisirs de son âge.

Mais ses contradictions le conduisent, alors qu’en tant que garçon, il jouit de toutes les libertés, à interdire à sa jeune sœur les agréments de son âge.

Nader réunit autour de sa personne la vitalité et la complexité de l’adolescence en même temps qu’il est à la recherche d’une identité.

Même s’il se comporte en forte tête, on le sent très attaché à sa famille et, de façon plus souterraine, à ses lointaines racines.

Le film de Claudio Giovannesi touche à plusieurs genres. Il est à la fois l’histoire d’amour fougueuse entre deux adolescents sûrs de leurs sentiments, la peinture sociale de ces familles d’immigrés qui gardent un pied dans leur culture d’origine et ne s’intègrent que dans les limites de la nécessité au pays d’accueil, une sorte de thriller opposant de très jeunes gens égarés dans un monde qui les dépasse à une bande d’hommes plus âgés, âpres à la vengeance.

Plus qu’un suspens haletant, "Ali a les yeux bleus" propose une inquiétude latente, un climat que renforce la très belle photographie.

Le décor de la banlieue romaine et plus encore le Lido romain hivernal, plus multiethnique que la capitale, sont montrés comme de vrais protagonistes du récit.

Quelles solutions peut attendre Nader face à ses difficultés multiples ? Comment peut-il sortir du mauvais pas où il s’est égaré et trouver l’apaisement intérieur ?

Entre amour et interdit, entre culture d’adoption et culture d’appartenance, il ne lui reste plus, pour avancer, que la conscience et la richesse de sa propre contradiction.

Un film vif, délibérément optimiste, soutenu par d’excellents comédiens. Mention spéciale à Nader Sahran qui a obtenu le Prix d’interprétation masculine au Festival Premier Plan d’Angers 2013.

Francis Dubois

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