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Un film de Stéphane Demoustier (France)

« Allons enfants » Sortie en salles le 18 avril 2018.

Dans le parc de La Villette où on les a amenés pour une après-midi, Cléo et Paul, des jumeaux de trois ans et demi, vont au hasard de leurs jeux d’enfants, sans tenir compte des recommandations de leur vieille nounou. Malgré ses mises en garde répétées, Cléo s’éloigne et se perd. Parti à la recherche de sa sœur avec la nounou, c’est bientôt au tour de Paul de se perdre dans la foule.

Et voilà les deux très jeunes enfants égarés au milieu de la foule nombreuse, fébrile ou oisive d’un bel après-midi d’été.

Cléo est prise en charge par Louise, une jeune femme chaleureuse mais pas très fiable et par David son ex-compagnon. Mais Louise, tout à coup s’évapore à la nuit tombante et c’est lorsque le parc s’est un peu vidé que les deux enfants, abandonnés par les adultes, se retrouvent....

Sébastien Demoustier réalisateur d’ un premier long métrage « Terre battue » en 2014. avait, en ce qui concernait son deuxième long, deux désirs : réaliser un film sur Paris dans la période post-attentats et filmer ses deux enfants.

Le film s’est construit à partir d’un point de départ très simple : deux enfants se perdent chacun de son côté dans un immense parc et comment, à trois ans et demi, on peut vivre une telle aventure sans prendre conscience du danger ?

A trois ans et demi, des enfants ne comprennent pas le principe de la fiction et c’est grâce à un dispositif très léger qui a permis une grande souplesse de prises de vue, qu’il a été possible de suivre leurs mouvements, de leur emboîter le pas dans des déplacements imprévisibles et conduits au gré de leurs jeux.

Toutes les scènes étant dictées par leurs impulsions, la technique a dû suivre leurs élans sans jamais les contraindre. Ainsi, l’action se dessinait instant après instant sous les yeux de l’équipe qui n’avait plus qu’à suivre et tout ceci, à l’image, produirait une totale impression de liberté.

Du film de Sébastien Demoustier se dégage une certaine légèreté à cause de l’insouciance des enfants, de l’atmosphère qui règne dans le parc à la belle saison, des allées et venues joyeuses qui animent le lieu et pourtant, il y règne en arrière-plan un voile d’inquiétude, les deux enfants isolés se trouvant exposés à un danger qui peut survenir à tout instant, mais aussi, à cause de la présence de patrouilles militaires qui rappelle que cette après-midi de détente se situe dans la période post- d’attentat.

Les réactions contrastées de Cléo, qui peut fondre en larmes quand elle se retrouve seule et l’instant d’après, être complètement offerte aux jeux et disponible aux rencontres, ou celle de Paul qui part à la recherche de sa sœur en hurlant son nom et qui tout de suite après semble avoir oublié, sont parfaitement observées et Sébastien Demoustier donne ici à son film toute la sensibilité, la fougue et l’insouciance de l’enfance..

L’attitude des adultes, plus surprenante, plonge le film dans une autre dimension.

la Nounou abandonne Paul au cours de la recherche comme Louise, à la nuit tombée, après avoir pris le temps de s’attacher à Cléo (et de combler un peu un vide affectif) l’abandonne là où elle l’a trouvée.

Ces attitudes déconcertantes peu réalistes donnent au film la dimension de conte et dès le moment où cette explication est plausible, c’est tout le déroulement de la narration qui semble obéir à ses codes, pour un conte revisité et situé dans notre vingt et unième siècle contrasté..

Un très joli film qui mêle au merveilleux de l’enfance, l’inquiétude d’une époque offerte à toutes sortes de menaces.

Francis Dubois

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