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Un film de Yasemin Sandereli (Allemagne)

"Almanya" Sortie en salles le 30 mai 2012

Est-il allemand ou turc ? C’est la question que se pose Cenk Yilmaz, un petit garçon, après s’être vu rejeté par ceux des deux communautés, au moment de la formation des équipes d’un match de foot entre enfants.
La question, il la posera à sa famille en rentrant à la maison.
Pour le consoler de son chagrin, sa cousine Canan entreprend de lui raconter l’histoire de son grand-père Hüseyin qui, à la fin des années 60, a émigré en Allemagne avec femme et enfants.
Depuis, l’Allemagne est devenue leur pays d’adoption et le couple de grands-parents vient, après cinquante ans de bons et loyaux services, d’obtenir enfin un passeport allemand.
Mais Hüseyn n’a pas oublié la Turquie. Il y a même fait l’acquisition d’une maison où il aimerait bien réunir enfants, petits-enfants et conjoints, pendant les vacances d’été.

Le projet aboutit mais le vieil homme meurt subitement au cours du voyage et la question se posera de savoir sur quel territoire il devra être enterré pour obéir aux règles de l’administration.
Pour traiter le problème du conflit identitaire, Yasemin Sandereli et sa sœur Nesrin, coscénariste, ont choisi le ton de la comédie.
Au moment où des débats houleux à propos de l’intégration et de la culture "Gastarbeiter" (travailleurs hôtes) divisent les allemands, où les jeunes reprochent aux vieux allemands une politique qui a occasionné des débordements d’immigration, où le multiculturalisme semble s’éteindre, "Almanya" vient à point pour rafraîchir les mémoires et rappeler que les "Gastarbeiter" ont non seulement été encouragés à émigrer, mais qu’ils ont largement contribué à l’équilibre économique du pays.
En 1961, la Turquie et l’Allemagne signaient une convention sur le recrutement d’une main d’œuvre comme ce fut le cas avec l’Italie en 1955 et en 1960 avec l’Espagne et la Grèce.
Cette convention répondait à un besoin de l’Allemagne qui connaissait alors une forte croissance économique et à la nécessité pour la Turquie de désengorger son marché du travail.
L’accord limitait la durée du séjour de ces "immigrés invités" à deux années.

Si le ton de la comédie domine le film, le récit garde, quand c’est nécessaire, ce qu’il faut de gravité pour ne pas égarer ou dissoudre le propos. La mort de l’aïeul et les tracasseries administratives qui en découlent en plein voyage entre les deux pays, donne la mesure de la réalité douloureuse de ces immigrés pour lesquels l’obtention de papiers officiels ne règle jamais tout à fait le problème de la véritable identité.
En dépit des problèmes qu’ils connaissent, subsiste l’esprit de famille, une bonne humeur inébranlable et cette joie de vivre qu’ils semblent avoir construite sur la fragilité et l’indécision même de leur statut.
Francis Dubois

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