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Un film de Fernando Leon de Aranoa (Espagne)

"Amador" Sortie en salles le 15 février 2012

Marcela vit avec Nelson qui dirige un réseau de vente de roses à l’unité. Les affaires ne sont pas très florissantes et lorsqu’il faut remplacer le vieux réfrigérateur nécessaire à la conservation des bouquets, Marcela accepte, malgré sa grossesse qu’elle tait pour ne pas indisposer Nelson, de s’occuper d’Amador, un vieil homme malade qui n’en a plus pour longtemps à vivre.

Le contrat qu’elle passe avec la famille du vieillard doit lui rapporter une somme équivalente au prix d’achat du réfrigérateur.

Lorsqu’Amador, avec qui se tissent petit à petit des liens d’affection, meurt prématurément, Marcela de la même façon qu’elle n’ébruite pas sa grossesse, va taire la nouvelle du décès du vieil homme. Elle fait assaut d’imagination pour laisser croire à un entourage indifférent qu’il est toujours vivant.

C’est en faisant de la prostituée qui venait "dépanner" Amador une fois par semaine, sa complice et en utilisant les talents d’embaumeur d’un des clients réguliers de celle-ci, qu’il lui sera possible de retarder l’échéance et de continuer à toucher ses honoraires…

Dans son premier tiers, le film rend compte de la précarité de ces immigrés qui ne manquent ni d’énergie ni d’optimisme pour survivre, avec les maigres moyens qui leur sont offerts comme ici, la récupération dans les poubelles ou dans les décharges municipales, de fleurs qu’on peut encore raviver.

Les séquences qui suivent s’attachent à la rencontre et au face à face quotidien de Marcela et d’Amador. D’abord indifférents l’un à l’autre, il va bientôt naître entre eux, avec l’habitude de se retrouver, une sympathie, dans un premier temps à peine perceptible, mais qui va très vite se préciser. La confiance grandissante qu’ils ont l’un pour l’autre va les conduire à des confidences ; c’est ainsi qu’Amador sera le seul à être au courant de l’état de Marcela.

La troisième partie du film fait suite au décès d’Amador et à la décision de la jeune femme de passer l’événement sous silence.

Ici, le récit adopte une toute autre tonalité et va du côté de la comédie avec l’apparition de la prostituée, l’obstination de Marcela à garder secrète la mort d’Amador et les prouesses dont elle fait preuve pour distraire les inquiétudes du voisinage.

La jeune femme découvre, avec la situation à laquelle elle doit faire face, que la vie est une question d’opportunité. Amador l’aura mise sur la voie. Lorsqu’elle aura complété le ciel du puzzle qu’avait entrepris le vieillard sur son lit de mourant, qu’elle aura reconstitué de la même façon la photographie déchirée qui lui prouvera l’infidélité de Nelson, elle aura parcouru une grande partie du chemin et trouvé les moyens d’agir désormais par elle-même..

Le récit est lié aux temps difficiles que nous traversons et il adopte le point de vue des immigrés qui en sont les premières victimes. Cette précarité-là ne dépend ni des fluctuations boursières ni de la une des journaux. Ces vies sont un combat de tous les jours et ces laissés pour compte de notre société se cramponnent au moindre espoir et relèvent la tête quand bien même ils pourraient se considérer comme définitivement vaincus.

Un magnifique portrait de femme.

 
Francis Dubois

 

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