Revalo 2020 / Métiers

Amateurisme ou enfumage ? Chantier salaires -retraites

Le ministère a réuni les organisations syndicales pour leur présenter la manière dont il envisage d’utiliser l’enveloppe de 500 millions d’euros dont il a annoncé la budgétisation pour 2021, les discussions sur la loi de programmation budgétaire étant encore renvoyées à plus tard. L’essentiel de la réunion a porté sur la présentation de plusieurs scenarii censés apporter une amélioration de la rémunération des professeurs, CPE et Psy-ÉN par l’attribution d’une prime d’attractivité dont les montants varieraient en fonction du nombre de personnels concernés, montants caractérisés par leur grande faiblesse. Les personnels en fin de carrière (hors classe et classe exceptionnelle) sont exclus, seule une possibilité d’amélioration des conditions d’accès à un nouveau grade étant envisagée. De surcroît, le représentant du ministère a annoncé en fin de réunion que la totalité des 500 millions ne serait pas consacrée à cette prime, une partie étant dévolue à la rétribution des formations obligatoires pendant les congés scolaires, l’autre à abonder les HS destinées à rémunérer le remplacement de courte durée.

Malgré nos demandes, le ministère, a été incapable de nous indiquer comment l’enveloppe globale serait répartie entre ces différents leviers.

Notre analyse de ces mesures ci-dessous et le communiqué de presse FSU.

1/ Prime d’attractivité
Le principe est d’attribuer une prime sur une partie plus ou moins longue de la carrière, d’un montant dégressif et différent selon le nombre de personnels concernés et éventuellement le corps. Celle-ci serait appliquée au 1er janvier 2021 pour l’ensemble des ayants droits. Quatre scenarii sont proposés (voir document communiqué par le ministère).

Les scenarii sont exposés clairement et ne laissent pas de doute sur leurs modalités d’application. N’est envisagée que l’attribution d’une prime dont le ministère assure qu’elle concernera tous les personnels, enseignants, CPE et Psy-EN. Pourtant, le principe même d’une prime est de ne concerner qu’une partie des personnels d’un corps (pour exemple, il fallut se battre pour obtenir une indemnité pour les professeurs documentalistes, car ils ne bénéficient par de l’ISOE et celle-ci n’est toujours pas d’un montant équivalent à celui de l’ISOE). D’autre part toutes les études montrent que l’octroi de primes pénalise principalement les femmes.

Le ministère n’est pas en mesure d’indiquer si cette prime sera proportionnelle à la quotité de service ou forfaitaire.

Dans deux des scenarii, l’application de la prime crée une inversion de carrière pour les professeurs certifiés et assimilés, c’est-à-dire conduit à ce qu’un personnel voit sa rémunération diminuer lors d’un changement d’échelon. C’est le cas du 1er scenario entre les échelons 4 et 5 et du scenario 3 entre les échelons 3 et 4 (voir document d’analyse du SNES-FSU).

Le ministère parle de compensation des effets de la réforme des retraites mais n’est pas capable de présenter des cas types (il admet que les cas types de l’étude d’impact sont faux et qu’il travaille avec le haut commissariat aux retraites et la DGAFP à en construire de réalistes) et encore moins de prouver que chacune de ces mesures sera de nature à compenser les pertes.

Pour le SNES-FSU, si, comme le prétend le ministère, la revalorisation doit concerner tous les personnels alors elle doit être de nature indiciaire.

2/ Amélioration des conditions d’accès à la hors-classe et à la classe exceptionnelle
Constatant que des promotions au titre du vivier 1 (Bienvenue dans la rubrique « Accès à la Classe exceptionnelle ») ne sont pas toutes utilisées, le ministère propose de réduire la part de promotion réservées aux personnels relevant de ce vivier en faisant bouger le pourcentage 20/ 80 actuel, mesure nécessaire mais qui ne coûtera rien au ministère.

Pour les Professeurs des écoles, le ministère propose de majorer temporairement le taux de promotion à la hors classe, afin de rejoindre celui du second degré. En réalité, l’explication réside dans la jeunesse de ce corps (il a été créé en 1990), ce qui implique une répartition avec peu de personnels dans les échelons les plus élevés et explique l’augmentation progressive du taux de promotion. Le problème également, pour l’accès à la hors-classe des PE, est le faible taux de promotion des ex-instituteurs en raison de la composition du barème.

Pour le SNES-FSU, améliorer l’accès à la classe exceptionnelle est une urgence et les mesures proposées par le ministère vont dans le bon sens. Toutefois, ce n’est qu’un petit pas qui ne coûte rien au ministère. Le SNES-FSU revendique l’augmentation du volume de la classe exceptionnelle, la suppression des deux viviers afin de donner à toutes et tous les mêmes chances d’y accéder.

3/ Renforcement du dispositif de formation pendant les vacances scolaires
Le ministère a publié, il y a un an, un décret lui permettant d’imposer des jours de formation continue pendant les vacances aux personnels (Formation imposée pendant les vacances). Ce décret prévoit, lorsque les personnels font des formations pendant les congés scolaires, de leur attribuer une indemnité. Le ministère veut utiliser ce décret pour contraindre les personnels à se former pendant les vacances scolaires et ainsi éviter des jours d’absence.

Pour le SNES-FSU, la formation continue doit se dérouler sur le temps de service. Les personnels utilisent déjà leur temps de vacances pour se reposer, pour préparer leurs cours et corriger leurs copies.

4/ Renforcement du dispositif de remplacement de courte durée dans le second degré
Le ministère veut abonder les volumes d’heures supplémentaires consacrées aux remplacements de courte durée sous le dispositif De Robien (Le remplacement des absences de courte durée). Ainsi il entend apporter une réponse aux absences des personnels.

Pour le SNES-FSU, un remplacement ne s’improvise pas, c’est un acte pédagogique. Localement, entre les professeurs, sur la base du volontariat, des solutions peuvent se trouver, mais le fait de pouvoir imposer de tels remplacement est inacceptable. Les moyens actuellement attribués aux établissements pour rémunérer le dispositif « De Robien » ne sont pas utilisés à ces fins, faute de demandes ce qui montre le caractère inadapté du dispositif. Enfin, assurer les remplacements en collège et en lycée ne relève pas des mêmes problématiques. En collège, la présence d’AED en nombre suffisant peut permettre d’assurer l’encadrement des élèves et leur apporter une aide dans leur travail lors des absences de professeurs. En lycée, cela nécessite de disposer de salle permettant aux élèves de travailler en autonomie. Aucun de ces deux points n’est actuellement réuni dans nos établissements. Dans de nombreux établissements le problème central est plutôt celui du remplacement de moyenne ou longue durée faute de TZR en nombre suffisant.

5/ Conclusions partielles
Pour le SNES-FSU, ce qui a été présenté ne constitue ni un plan de revalorisation ni même une première étape. Les mesures présentées relèvent plus du leitmotiv « travailler plus pour gagner plus » que de la revalorisation.

Un plan de revalorisation, c’est un montant global de revalorisation, un ensemble des mesures ainsi que la répartition entre elles du montant prévu, comme cela fut le cas lors des discussions sur le protocole PPCR.

Dans l’immédiat, la revalorisation doit concerner tous les personnels y compris les contractuels, avec le doublement de l’ISOE, son alignement pour les professeurs documentalistes et les Psy-ÉN, un statut de fonctionnaire pour les AESH et la revalorisation des débuts de carrière ; dans un second temps, elle doit s’appuyer sur une reconstruction des grilles et un dégel de la valeur du point d’indice, le tout sans contre parties .

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