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Un film de Hélène Cattet et Bruno Forzani (Belgique France)

"Amer" Sortie en salles le 3 mars

Le film se compose de trois parties distinctes à la fois différentes par le décor, les lumières et les personnages qui les habitent, mais en même temps très proches par les ambiances, un découpage serré, le travail minutieux sur l’image. Il est probable que la petite fille qui apparaît dans le premier volet de "Amer" soit devenue quelques années plus tard l’adolescente révoltée de la seconde partie et que la femme qui revient sur les lieux de son enfance en soit la suite adulte.
L’épisode de l’enfant errant dans une maison vide et silencieuse aux prises avec l’hostilité des lieux et des objets, notamment une montre gousset dont l’interminable chaîne représente une menace permanente, avec une image jouant avec des dominante rouges et vertes, un bruitage redondant, pourraient laisser penser qu’on est face à un exercice de style esthétisant pas très innovant.
Le second volet est d’entrée lumineux et nous plonge dans le concret, dans un récit tout à coup palpable. Une adolescente quitte une demeure dans la pinède pour se rendre au village. Elle est en compagnie de sa mère. Elles se quittent au moment où celle-ci pénètre dans un salon de coiffure.
L’adolescente erre dans les rues jusqu’à une place où elle se retrouve face à des motards, une bande de jeunes gens désœuvrés dont l’apparition de la jeune fille éveille le désir. Le simple face à face, sans que rien ne se passe d’autre qu’un échange de regards persistant, dans un lieu saturé de lumière, dégage un érotisme à couper au couteau.
Après un voyage en train, une femme prend un taxi pour se rendre dans une maison dans la pinède -la même-. Elle s’y trouve confrontée à d’étranges présences. qui sont sans doute les fantômes des fantômes de son enfance. Suite d’apparitions menaçantes qui déboucheront sur un crime d’une extrême cruauté et d’une précision chirurgicale.
"Amer" est un exercice de style brillant qui atteint au pictural mais qui ne perd pas de vue une réalité, une proximité tangible des personnages et des situations. Le fait d’émailler un récit fantastique de faits et gestes du quotidien ordinaire relance l’effet mais le déleste du superflu. Le silence insistant qui marque les scènes à deux, subitement rompu par une ou deux phrases d’un dialogue utile, produit à chaque fois un effet de choc, provoque le malaise, l’impression persistante d’un danger imminent… On accède alors au second degré à une sorte de jeu sur le jeu…
Hélène Cattet et Bruno Forzani ont réussi avec ce film singulier un superbe objet cinématographique où la caméra sert de loupe grossissante pour mieux capter un mouvement, un regard au plus près, si près qu’il se désincarne, mais aussi de la même façon, un frisson au moment où il agite un épiderme. ou le frôlement à leur insu, de deux corps comme il est magnifiquement montré dans le scène du voyage en train.
Un film fantastique singulier qui échappe aux clichés du genre.
Francis Dubois

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