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Un film de Mathieu Demy (France)

"Américano" Sortie en salles le 30 novembre 2011

Martin apprend la mort de sa mère restée vivre en Californie, au moment où sa relation avec sa femme Claire, traverse une zone de turbulences. Il se rend à Los Angeles pour les formalités de succession, retrouve Linda, la fidèle amie de sa mère, le quartier et la maison où il a passé une partie de son enfance.
Pour annoncer à Lola, une jeune voisine d’origine mexicaine, que sa mère lui lègue son appartement, il fait le voyage jusqu’à Tijuana au Mexique. Il finit par retrouver la jeune femme à "L’Américano" où elle se produit le soir, comme danseuse…

© Les films de l’autre

Le projet de Mathieu Demy reposait sur deux points : raconter l’histoire d’un homme qui se perd dans une ville étrangère, dans ses quartiers nocturnes et l’attachement qu’il porte à "Documenteur" un film d’Agnès Varda, sa mère, dans lequel il avait joué, enfant, son propre rôle.
Mathieu Demy semble très proche des œuvres de ses parents. Il manifeste ce lien en ponctuant son film d’extraits de "Documenteur" qui ont ici valeur de flash-back, dans lesquels perce le malaise d’un enfant, à un moment difficile de la vie de couple de ses parents.
Il établit une étrange parenté entre l’enfant qu’il était et l’adulte de son récit, un homme indécis, peu enclin à prendre des décisions et qui choisit de se perdre dans des lieux et situations complexes plutôt que d’affronter la réalité.
Les références au cinéma de Jacques Demy sont moins évidentes mais tout aussi présentes. La jeune fille, qui se produit le soir dans un cabaret, s’appelle Lola. Elle chante une chanson qu’aurait pu chanter Anouk Aimé dans le film de son père.
La musique d’ "Américano" est, en partie, celle de "Documenteur" écrite par Georges Delerue qui fut l’auteur de nombreuses partitions pour cette Nouvelle Vague à laquelle Jacques Demy et Agnès Varda furent associés.
Sur le sujet intimiste d’un homme confronté aux échéances incontournables de sa vie d’adulte et qui trouve dans un voyage improbable, l’occasion de retarder les engagements qui le mettent au pied du mur de ses responsabilités, Mathieu Demy a réalisé un film dont l’ampleur des cadres et les qualités esthétiques font ressortir les faiblesses et une trop grande concession aux clichés. Les personnages et situations sont souvent attendus et il ne manque aucune lumière tamisée pour créer l’ambiance glauque des cabarets miteux.
Ces réserves faites, il émane de son film une vraie tendresse, une sincérité touchante, un charme envoûtant qui tiennent au personnage de Martin égaré dans la ville inconnue, dans ses préoccupations mais surtout perdu dans un monde qui le submerge.
Si le scénario et la réalisation manquent de maîtrise, on regarde ce film avec du plaisir, et l’on peut facilement se reconnaître dans les moments de nostalgie et dans les tâtonnements du personnage de Martin.
Francis Dubois

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