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Un film de Sophie Barthes (USA)

"Ames en stock" Sortie en salles le 5 mai 2010

En pleine répétition d’ "Oncle Vania", Paul Giamatti, célèbre acteur américain doit faire face à une crise existentielle. C’est alors qu’il entend parler de la "banque des âmes", un laboratoire privé qui propose à ceux que leur âme encombre ou indispose, de les en délester et pourquoi pas de la leur remplacer par l’âme d’un autre, plus seyante.
Séduit pas l’idée, Paul Giamatti demande à ce qu’on procède à l’ablation de son âme. L’intervention est annoncée sans danger immédiat, mais comme c’est le cas pour le célèbre acteur, des réactions imprévues peuvent toujours survenir.
Au départ, il s’agissait d’un scénario que Sophie Barthes souhaitait proposer à Woody Allen et c’est en découvrant Paul Giamatti dans "American splendor" qu’elle a petit à petit, envisagé d’assurer elle-même la réalisation du film. L’acteur reste ici dans la veine des héros de Woody Allen, comme l’archétype du comédien new-yorkais névrosé, doutant de lui, souffrant de tous les maux et exposé à toutes les menaces du monde.
Et c’est peut-être bien le personnage d’"Oncle Vania" que Paul a tant de mal à interpréter, lui-même habité par la peur de l’échec et de la chute, qui induit chez le comédien cette fragilité.
Pouvait-il imaginer que son âme, une fois extraite de lui, ne serait plus qu’un minuscule pois chiche au fond d’un bocal et que, privé d’elle, il allait ressentir, au lieu d’une amélioration de son état, un profond inconfort intérieur.
Grande admiratrice des univers de Beckett et de Ionesco, Sophie Barthes joue ici la carte de la science-fiction du quotidien et son film peut aussi bien s’apparenter à ce genre, qu’ être perçu comme le déroulement d’un rêve. Lorsque Paul révèle à sa femme qu’il s’est débarrassé de son âme, il se plaint de vivre un cauchemar. Mais Sophie Barthes préfère rester dans une sorte de neutralité narrative qui laisse le spectateur libre de faire son choix. Elle est persuadée que si l’extraction de l’âme était possible un jour, beaucoup de gens se précipiteraient pour peu qu’on leur garantisse qu’il en résulterait un accès au bien-être.
Si "Ames en stock" reste une comédie satirique, son approche d’un futur après tout possible fait basculer le film dans une tonalité plus grave, plus contemplative et la seconde partie du récit qui se situe à Saint-Petersbourg, la "ville des poètes" fait basculer la quête tragi-comique de Paul dans un autre registre narratif. C’est l’occasion de dépeindre sans ménagement une société russe avec son lot de mafieux et sa barbie de Soap-Opéra rêvant, comme d’autres rêvent du prince charmant, de se faire implanter un jour, l’âme d’Al Pacino. Le trafic d’âmes y est placé au même niveau que le trafic d’organes, que le trafic de drogue et le laboratoire d’extraction des âmes a des relents d’inquiétante authenticité.
Comédie singulière et troublante, "Ames en stock", même si elle reste dans le domaine de la tradition surréaliste s’échappe parfois de façon inquiétante du seul domaine de la fiction.
Francis Dubois

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