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Un film de Luca Guadagnino (Italie)

"Amore" Sortie en salles le 22 septembre

Les Recchi sont une riche famille d’industriels milanais spécialisés depuis des générations dans l’industrie textile. L’ancêtre a passé la main et c’est Tancredi son fils qui a pris la relève. La femme de celui-ci, la quarantaine passée, d’origine russe, s’est définitivement coulée dans son rôle d’épouse modèle.
Le grain de sable surgit contre toute attente, quand elle croise le chemin d’Antonio, ami de son fils aîné et cuisinier surdoué. Leur rencontre lui révèle la grande monotonie de son existence et la plonge bientôt dans une passion qui fera fi de tous les obstacles.
Le condensé du récit n’apporte aucun élément scénaristique nouveau, et ce film pourrait être le énième traitant de ce sujet. L’incidence de la vie moderne et de l’évolution des mœurs sur une grande lignée dont le socle de stabilité passe par le maintien des valeurs morales bourgeoises et qui assiste, avec le premier dérapage, à l’effritement de l’édifice. Pas plus qu’est nouveau l’égarement subit d’une femme mûre au contact d’une jeune homme, eût-il vingt ans de moins qu’elle et fût-il le meilleur ami de son fils.
Pourtant, "Amore" semble déjouer tous les poncifs du genre alors même qu’apparemment, il n’en écarte aucun. A quoi cela tient-il alors ? Peut-être à l’interprétation magnifique de Tilda Swinton qui renouvelle totalement le personnage sans rien ôter à la bourgeoise lisse qu’elle interprète.

Le dérapage brutal qui va la faire basculer sans le moindre regard en arrière était-il dans cette indifférence bienveillante dont elle ne s’était jamais départie, dans son élégance extrême ? Et l’on en vient, du coup, à se poser la question de savoir s’il y avait loin de cette femme silencieuse et douce à l’épouse adultère. Cela tiendrait-il aussi au personnage d’Antonio qui n’a rien du séducteur attendu, au fait qu’on ne puisse dissocier l’origine de l’attirance mutuelle, du talent culinaire du jeune homme, de la beauté et de la saveur des mets qu’il confectionne, avec des gestes d’une extrême précision, et qu’elle déguste avec beaucoup de délectation ? Leur attirance n’est sans doute pas étrangère à la sensualité de la nourriture, comme plus tard leurs étreintes seront associées, à l’image, par la sensualité chatoyante de la nature en liberté, fleurs, insectes bourdonnants, feuillage, sentiers étroits et escarpés.
Ce film possède en tout cas une sorte de grâce qui lui épargne toutes les facilités narratives qui se tenaient à l’affût d’un tel sujet. Il faut voir dans "Amore" bien au-delà de l’ébranlement d’une dynastie, bien au-delà du banal égarement amoureux.
Francis Dubois

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