Actualité théâtrale

Jusqu’au 15 octobre au Théâtre de La Commune d’Aubervilliers

« Andreas » D’après la première partie du "Chemin de Damas" d’August Strindberg

Dans un décor très dépouillé, un homme, l’Inconnu, s’interroge sur sa vie. Il n’arrive plus à écrire, à dormir et à « dire ces trois mots : je veux vivre ». Au bord de la folie, il a quitté sa femme et sa fille qu’il vivait de plus en plus comme des obstacles à son désir d’écrire. Dans son exil, il rencontre une femme, la Dame. Entre eux se noue une histoire d’amour. Elle lui dit : « Viens avec moi, laisse-moi te libérer de cet enfer… je soignerai tes blessures et je souffrirai avec toi ». Sur son chemin il croise aussi la mère, la sienne et celle de la Dame, un mendiant amnésique, qui pourrait être un autre lui-même, le médecin des fous, d’autres encore. Sont-ils réels ou le fruit de son imagination enfiévrée ?

Tout renvoie à l’histoire de la pièce dans l’œuvre de Strindberg. Il avait renoncé au théâtre auquel il ne croyait plus, s’était exilé à Paris au bord de la folie, buvait et pratiquait l’alchimie au point d’avoir les mains brûlées. Puis d’un jet, il écrivit la première partie du Chemin de Damas (la suite viendra plus tard). Ensuite, libéré, il écrira vingt pièces en cinq ans. Pour Le chemin de Damas qui durait dix heures, il a conseillé à qui souhaiterait monter la pièce d’en tirer des moments, de la considérer comme un matériau. C’est ce qu’a fait le franco-norvégien Jonathan Châtel. Ce qui l’intéresse dans cette pièce, c’est la quête artistique, dans son exigence et son intensité qui a conduit Strindberg au bord de la folie et l’idée que, dans le changement, la révolte ou la chute, on peut, comme Saint Paul sur le chemin de Damas, se reconstruire.

Théâtre : Andreas

La mise en scène de Jonathan Châtel épouse le mystère de la pièce en faisant apparaître comme des fantômes les différents personnages rencontrés par l’Inconnu. Le fond du décor est occupé par une paroi métallique où s’ouvrent des passages par lesquels apparaissent les personnages. Au sol quelques pièces de bois éclairées d’une lumière chaude, comme échappées d’un puzzle. Image du chaos intérieur dans lequel se débat l’Inconnu ou éclat de lumière dans le monde austère de la pièce ? Thierry Raynaud, grand, mince, le regard noir et fiévreux est habité par son personnage l’Inconnu, ou Andreas, dont le prénom se diffuse dans tous les personnages masculins de la pièce. Il est impressionnant dans sa révolte, sa violence, sa colère. Les autres acteurs jouent plusieurs personnages. On notera surtout Nathalie Richard, jupe de cuir et bottines noires, lumineuse et mystérieuse. Elle a la beauté grave de la Dame, prête à tout quitter pour cet homme qu’elle veut « réparer ». Elle est aussi la mère, chargée de réparer l’enfance brisée de l’Inconnu.

La tentation de se retirer de la vie pour créer dans la solitude, c’est un thème connu, mais cette mise en scène, qui laisse une place à l’énigme et concentre tant de beauté épurée ne peut que nous saisir.

Micheline Rousselet

Mardi, mercredi 19h30, jeudi, vendredi 20h30, samedi 18h, dimanche16h, le vendredi 2 octobre à 19h.

Théâtre de la Commune

2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

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