Actualité théâtrale

Théâtre 71 Scène Nationale de Malakoff, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 13 mars 2014

"Anna et Martha" Texte Dea Loher Mise en scène Robert Cantarella

Anna et Martha ont toujours servi Madame. Anna comme couturière, Martha comme cuisinière. Il y a aussi, pour hanter les lieux,le vieux Meier Ludwig, le chauffeur et la femme de ménage étrangère Xana, qui ne cesse de recevoir des ordres de la part des deux "anciennes" et qui ne donne pas l’impression d’appartenir vraiment à "l’intimité laborieuse" de la maison.

Mais Madame absente est au centre des conversations.

Assises côte à côte près du congélateur où elles ont enfermé leur maîtresse, Martha et Anna attendent et se souviennent, laissent libre cours au déroulement de leurs souvenirs tour à tour méchants et nostalgiques.

Ainsi que le ferait un vieux couple, elles se chamaillent, se moquent, se libèrent de leur fiel, laissent apparaître ici et là une vieille complicité.

Le texte de Dea Loher (auteure allemande née en 1964) a l’air d’avoir été écrit pour Catherine Hiegel et Catherine Ferran tant elles s’en emparent avec force et gourmandise, jouant leurs partitions comme des jumelles à la fois dissemblables et ressemblantes.

Même si le vieux chauffeur fait de constantes, muettes et brèves apparitions, quelquefois sous l’aspect de son chien, même si Xana apparaît métamorphosée en robe de lamé pour énumérer les membres de sa lignée défunte, Anna et Martha occupent tout l’espace de leurs fortes présences.

La mise en scène discrète de Robert Cantarella et un décor réduit à deux chaises de jardin disposées côte à côte, un mur de séparation et un congélateur branlant laissent le champ libre aux deux comédiennes, à leur gestuelle, leur inventivité de jeu, à la cocasserie ou au drame qu’elles développent simultanément en solo ou en duo, passant sans cesse du trivial au burlesque.

On peut voir dans "Anna et Martha" une suite aux " Bonnes" de Jean Genet.

L’écriture collant aux situations mais parfois décalée, toujours incisive, où la méchanceté se tient à l’affût, ne dément pas celle de Genet et convient totalement aux extravagances du sujet et des interprétations.

Ce qui se passe sur le plateau de la salle du Théâtre 71 est délectable à plus d’un titre mais le meilleur du plaisir provient d’une ambiguïté : la forte personnalité des interprètes met à égalité de présence sur scène les deux comédiennes et les personnages qu’elles jouent. Les uns et les autres sont devenus indissociables.

Retour aux racines mêmes du théâtre ou savoureuse trahison. Qu’importe si l’effet obtenu est magnifique.

Francis Dubois

Théâtre 71 Scène nationale de Malakoff 3 Place du 11 novembre 92 240 Malakoff.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 55 48 91 00

www.theatre71.com

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