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Un film de Michael Rowe (Mexique)

"Année bissextile" Sortie en salles le 16 juin 2010

Pigiste pour plusieurs journaux, Laura, célibataire de vingt cinq ans vit seule dans son petit appartement du centre de Mexico. Cachée derrière le rideau de sa chambre, elle épie longtemps les faits et gestes de deux amoureux dans l’immeuble d’en face ou ce couple de vieux voisins, dans leur minuscule jardin, qui lui rappellent ses parents. Le soir, parfois, Laura s’apprête, s’habille, se maquille et sort. On ne sait jamais où, son appartement étant le lieu unique du film. Elle revient au milieu de la nuit, à chaque fois accompagnée d’un homme différent. Ils font l’amour. Au petit matin, le partenaire s’éclipse et Laura se retrouve à chaque fois un peu plus seule. Une nuit, elle rencontre Arturo. Il lui fait l’amour avec une rare violence et a, pour elle, des gestes extrêmes qui, plutôt que de l’effrayer, la satisfont. Contrairement aux autres partenaires, Arturo revient d’autres soirs et dès qu’il pénètre dans l’appartement Laura s’offre à la violence sans cesse grandissante de son amant. Car lui plaisent autant la strangulation, les coups de ceinturon, les gifles, le jet d’urine sur son corps que les moments de grande tendresse qui font suite car cet être qui n’envisage pas l’acte sexuel sans un épisode sadique est le seul à avoir peut-être pressenti le douloureux secret de Laura qui tient à la présence de deux accessoires d’un bout à l’autre du film, le portrait du père et le calendrier accroché au mur sur lequel elle a colorié au feutre rouge le vingt neuf février, date qui n’existe que tous les quatre ans.

Il faut attendre le deuxième tiers du récit pour qu’Arturo apparaisse. Auparavant on aura vu Laura dans le lent déroulement de son quotidien, entre les téléphones aux journaux qui l’emploient, les longues conversations avec sa mère, ou son jeune frère, ses déambulations vaines d’une pièce à l’autre, ses moments d’observation derrière le rideau et lorsque les amoureux d’en face lui font envie, une masturbation qui l’apaise un moment. Et puis, il y a les préparatifs à ses sorties nocturnes, la métamorphose de sa personne terne, presque négligée, en une fille lumineuse et aguicheuse.
Si Michael Rowe fait en introduction de son film un portrait minutieux de l’existence terne de Laura, comme un état des lieux d’une solitude avec une grande maîtrise, son autre grande qualité réside dans le choix des comédiens. Laura apparaît comme un petit laideron sans grâce et Arturo n’a aucun volume physique, un visage anodin et sans charme. Et c’est la rencontre sous des auspices singuliers de ces deux êtres sans relief qui va apporter sa véracité à la mise en place des jeux pervers. C’est la médiocrité physique des protagonistes qui force le pathétique, un peu comme si les pratiques qu’ils mettent en place étaient une revanche, la particularité qui profère à eux-mêmes et à leur relation une identité en même temps qu’une vraie raison d’attendre le lendemain.
A aucun moment au cours du récit, le violence pourtant montrée sans détour mais sans non plus la moindre complaisance, n’est insupportable. Il y a dans la soumission de Laura et dans la brutalité d’Arturo assez de tendresse et de respect. C’est un élément de la narration, et c’est sur ce rail que le récit avance pour raconter une histoire d’amour certes singulière mais sans doute d’une belle sincérité.
Francis Dubois

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