Année 2019-2020

Anticiper la rentrée ? Sortie de crise en septembre ? La « pré-rentrée » de juin : bilan et perspectives (Amiens)

Un renvoi permanent au local lors de la « rentrée » de juin

Notre académie étant restée en zone rouge jusqu’au 28 mai, les collèges et les lycées n’ont rouvert qu’au début du mois de juin. Force est de constater que pour organiser cette « rentrée », tout a été délégué au local : non seulement l’application du protocole sanitaire, mais aussi le calendrier de réouverture et des conseils de classe de 3ème trimestre, le(s) niveau(x) des élèves dits « revenants », le réaménagement des emplois du temps des élèves et des collègues, l’articulation entre présentiel et distanciel... Bien souvent, certains de ces éléments ont fait l’objet d’un ping-pong entre l’administration et les équipes enseignantes. Cette méthode a engendré des disparités entre les différents établissements, et ce d’autant plus que les directives pouvaient changer d’un jour sur l’autre.

Un climat anxiogène et des injonctions contradictoires

Quoi qu’en disent les adeptes du « prof bashing » qui sévissent dans les médias ces derniers jours, l’écrasante majorité des enseignants a pris la mesure de la situation exceptionnelle que nous vivions et de la nécessité de s’adapter aux conditions fluctuantes de notre enseignement. Malgré un contexte pour le moins anxiogène au plus fort de la crise sanitaire, beaucoup étaient parvenus à trouver une « vitesse de croisière », un mode de fonctionnement spécifique à distance avec les élèves (échange de mails, applications diverses, cours virtuels...). De ce fait, le retour sur site a été perçu comme une nouvelle source de stress par de nombreux collègues qui ne comprenaient pas précisément les attentes, parfois contradictoires de cette « rentrée » qui, comble de l’ironie, se déroulait souvent en même temps que les derniers conseils de classe ! En effet, comment motiver les élèves à revenir alors que leur sort était déjà scellé ? Comment concilier cette injonction au retour avec le fait que les effectifs par salle étaient limités à une quinzaine d’élèves (parfois moins) ? Comment prendre en charge des élèves qui n’étaient pas toujours les nôtres à l’origine, appartenant parfois à un niveau différent ou suivant une spécialité que nous n’avions pas l’habitude d’enseigner ? Comment répondre aux injonctions ministérielles visant à renouer le lien social avec les élèves les plus défavorisés alors même que, dans la majorité des classes, seuls les « bons » élèves revenaient ? Autant de questions insolubles auxquelles nous avons pourtant dû nous confronter par la force des choses.

Et en septembre ?

Si l’état d’urgence sanitaire devait se prolonger à la rentrée de septembre, nous devrions faire avec des aménagements et autres protocoles sanitaires. La période que nous venons de traverser était placée sous le signe de l’imprévisible, de l’exceptionnel, nous avons donc fait preuve de flexibilité et de tolérance. Il ne pourra aucunement en être de même en septembre. Dans le cas d’une rentrée sous contrainte, se poseront de façon très pratique des problèmes liés au nombre de locaux disponibles, au nombre d’heures que chaque enseignant-e devra assurer en cas de classes à effectifs réduits et aux adaptations nécessaires des contenus des programmes. Pendant le confinement ont été pointés du doigt les nombreux inconvénients des classes dites virtuelles : manque d’interaction, bugs techniques, impossibilité pour l’enseignant de vérifier la bonne compréhension du cours par un maximum d’élèves, intrusions diverses, problèmes de droits à l’image liés à l’usage de la webcam... Si l’articulation entre présentiel et distanciel était de nouveau d’actualité en septembre, toutes ces difficultés resurgiraient. Hors de question, alors, de déléguer chacune de ces problématiques au local voire à l’individuel comme cela a souvent été le cas en juin.

Coralie Tery

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