Actualité théâtrale

"Antigone" Jusqu’au 6 mai au Vingtième Théâtre

Après tant de mises en scène d’où vient qu’Antigone passionne toujours ? Il y a tant de pièces qui ne parlent que d’un quotidien banal. Celle-ci nous emporte vers des questions essentielles, dans une langue parfaite, avec des phrases qui se gravent en nous. Antigone avec une fougue et une violence toute adolescente choisit le respect des règles liées aux devoirs familiaux plutôt que celles de la Cité. Elle est prête à tout pour accomplir les rites funéraires et donner une sépulture à son frère. A la différence d’Ismène, sa sœur, elle choisit la mort, si ce doit être le prix à payer pour honorer son frère. Créon, roi tout récent, s’enferme dans une décision peu sage, donner une sépulture à l’un des frères et la refuser à l’autre qui lui a manqué. Il ne peut accepter la désobéissance d’Antigone et est, lui aussi, prêt à tout pour défendre l’ordre, même à sacrifier son fils. A travers l’affrontement d’Antigone et de Créon s’opposent l’idéalisme et le réalisme politique, l’amour et la raison d’État, la loi des hommes et celle des Dieux. Mais la pièce est bien plus riche et soulève d’autres questions, celle de la place des femmes dans une société patriarcale, celle de la liberté individuelle, celle de la démocratie par exemple. Comme tous les Grecs de son temps, Sophocle condamne l’ubris, la démesure et après nous avoir dit « de tous les malheurs attachés à l’homme la bêtise est le plus grand » il conclut « la réflexion est ce qui compte le plus ».

Crédit MCNN Claire Leroux

La mise en scène d’Olivier Broda donne à l’opposition Antigone / Créon une grande force. Dans un décor rouge et gris foncé avec au centre un arbre mort, ce sont deux façons d’appréhender le monde qui s’opposent, toutes deux marquées par la démesure et l’entêtement qui conduisent à la tragédie. Antigone est vêtue de blanc et Créon de rouge, tandis qu’Ismène, Eurydice et Tirésias sont vêtus de noir, accentuant le côté graphique de l’ensemble. Laetitia Lambert est une belle Antigone déterminée et poignante. Alain Macé réussit à donner à Créon l’image d’un roi entêté, soucieux de ne pas perdre la face et de donner une image de roi déterminé, insensible aux arguments de ceux qui lui peignent les conséquences funestes qui découleront de ses décisions. On peut regretter que le metteur en scène qui a choisi, comme cela se faisait à Athènes, de faire jouer tous les rôles à un petit nombre d’acteurs, ait confié le rôle d’Ismène à un homme. Même habillé en femme, il lui manque la compassion, la résignation et la douceur de celle qui est finalement prête à suivre sa sœur.

Ce qu’il faut surtout saluer dans la mise en scène d’Olivier Broda, c’est sa façon de traiter le chœur, un chœur de femmes, qui dit en grec et en français, dont la voix enfle avant de devenir murmure, accompagnée par la plainte tragique d’un violoncelle (Maëlle Dequiedt). L’alternance des silences, des cris, le lamento tragique du chœur, la course folle des personnages vers une fin tragique crée une grande émotion.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h
Vingtième Théâtre
7 rue des Plâtrières, 75020 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 66 01 13

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « L’éveil du Printemps » de Alat Fayez
    A est un jeune étudiant, habitant de la planète Platonium. Il rêve d’aller un jour vivre sur la Terre qui le fascine à chaque fois qu’il la voit se lever, belle et impressionnante de luminosité... Il... Lire la suite (16 janvier)
  • « Cirque Plein d’Air » Les Caramels fous
    Au début du siècle dernier, un cirque installé à la périphérie de Paris et qui avait jusqu’ici joui d’un grand succès se retrouve subitement au bord de la faillite. La mort de la femme à barbe qui... Lire la suite (16 janvier)
  • « Nos éducations sentimentales »
    Dans L’éducation sentimentale, Flaubert faisait le portrait d’un jeune homme Frédéric qui arrivait à Paris prêt à se lancer à la conquête de la capitale. À la recherche d’une position sociale enviable,... Lire la suite (15 janvier)
  • « L’autobus »
    Ils sont neuf voyageurs dans un autobus dont le conducteur invisible semble avoir pris son indépendance, ne respectant ni les horaires ni le code de la route ni même le trajet, un voyage infernal... Lire la suite (12 janvier)
  • « Le souper »
    Le 6 juillet 1815 alors que la défaite de Napoléon est consommée, que les troupes coalisées sont dans Paris et que la révolte populaire gronde, Talleyrand, homme politique et diplomate à la carrière... Lire la suite (12 janvier)