Actualité théâtrale

Jusqu’au 28 mars au Théâtre Paris-Villette

« Apocalypse Bébé »

Valentine a échappé à la surveillance de Lucie, une jeune détective employée par sa grand-mère pour la suivre, et elle a disparu. Lucie n’en pouvait plus de cette gamine insupportable et paumée qui boit, se drogue et couche avec le plus de monde possible, mais elle doit la retrouver. Fugue ou enlèvement ? Trop inexpérimentée pour ce genre d’enquête, elle s’adresse à une enquêtrice surnommée la Hyène aux méthodes discutables mais diablement efficaces. Leur recherche les mènera du père de Valentine, un écrivain infatué de lui-même, aux condisciples de l’adolescente et jusqu’à Barcelone où vit sa mère avant de les ramener à Paris.

Théâtre : Apocalypse Bébé

Selma Alaoui a adapté le livre de Virginie Despentes paru en 2010, « un livre trépidant, féroce, drôle et en même temps troublant » confie la metteuse en scène. Le livre rejoint nombre de thèmes qui sont chers à la romancière : sexe et violence, marginalisation de la jeunesse qui cherche refuge dans la drogue, l’alcool, la pornographie ou dans la violence contre autrui, force des femmes qui n’hésitent pas à aller à l’encontre des codes de la féminité. Selma Alaoui est très fidèle au livre qui navigue entre polar et road movie et elle a su conserver son humour explosif et son style cru. Sept acteurs incarnent tous les personnages, passant de la narration aux dialogues. Une voiture va évoquer le voyage à Barcelone, les quelques éléments du décor sont manipulés par les acteurs pour garder intacte l’énergie de la pièce, un grand écran au fond devient baie vitrée au travers duquel scintillent les lumières de la ville, rideau à paillettes d’une boîte de nuit très trash ou support de vidéos montrant des gros plans de Valentine embrassant Yacine. Les acteurs vont tout oser, manœuvrant avec précision à la limite de l’obscénité sans jamais y tomber, lançant avec violence ce texte cru qui n’hésite pas à choquer et à troubler.

Mélanie Zucconi est Lucie. Elle répond aux codes classiques de la féminité et des normes sociales habituelles. Sa rencontre avec la Hyène va la faire évoluer. Ingrid Heiderscheidt est remarquable dans ce rôle : libre, désabusée, intelligente, lesbienne déterminée et sans scrupules, elle comprend tout, est capable de la plus grande violence mais aussi de consoler une Lucie dépassée par les événements. Nathalie Mellinger joue tous les rôles de mère. Élégante, elle passe de celui de la belle-mère qui n’a plus guère d’illusions sur son mari et que Valentine considère comme une « pute » à celui de la mère de Valentine qui n’a jamais eu envie d’être une mère, de se laisser accaparer par un enfant et qui a choisi de partir sans laisser d’adresse en échange d’un appartement où vivre sa vie. Achille Ridolfi glisse du rôle du père à celui du danseur dans une partouze à Barcelone. Très imbu de lui-même quand il incarne ce père écrivain, qui a lui-même rédigé sa page Wikipédia et passe son temps à suivre les chiffres de ses ventes sur internet, un père que sa gamine encombre et qui multiplie les conquêtes féminines, il devient très sexe et trash quand il chante et danse dans la partouze. Le voir passer d’un personnage à l’autre est très drôle. Aymeric Trionfo incarne tous les jeunes, le baba cool qui pense surtout à soutirer de l’argent à Valentine et Rafik le cousin un peu amoureux qui découvre avec elle qu’il y a aussi une misère des riches, mais à qui Valentine, trop transgressive, fait peur. Et puis il y a surtout Eline Schumacher, remarquable dans le rôle de Valentine, une ado bien en chair, en short moulant ultra-court, remuant les fesses entre érotisme et pornographie, exhibant ses seins, passant de la violence à la tendresse et que rien n’arrête. Elle fait sentir l’énergie, la violence mais aussi les failles de cette jeunesse prête à aller au bout du désastre.

Une mise en scène très réussie pour entrer dans l’univers de Virginie Despentes.

Micheline Rousselet

Mardi, mercredi, jeudi et samedi à 20h, vendredi à 19h, dimanche à 15h30

Théâtre Paris-Villette

211 avenue Jean Jaurès, 75019 Paris-Villette

Réservations : 01 40 03 72 23 ou resa@theatre-paris-villette.fr

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