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Un film de Annarita Zambrano (Italie-France)

« Après la guerre » Sortie en salles le 21 mars 2018.

Bologne en 2002, l’hostilité à la loi travail enflamme les universités. Un professeur après avoir été malmené par ses élèves est assassiné devant le bâtiment. Qui a pu vouloir sa mort ?

Marco, un quadragénaire veuf vivant seul avec sa fille, ex-militant d’extrême gauche, condamné pour meurtre et réfugié en France depuis vingt ans grâce à la « Doctrine Mitterrand » est soupçonné d’avoir commandité l’attentat. Le gouvernement italien demande la suspension de sa protection caduque et souhaite son extradition. Obligé de prendre la fuite avec Viola, sa fille de seize ans, sa vie bascule mais pas seulement. Toute sa famille subit une onde de choc depuis que la presse a renvoyé à la surface une histoire vieille de vingt ans.

Cinéma : Après la guerre

L’idée à l’origine du film d’Annarita Zambrano était de décrire une famille déchirée entre l’Italie et la France et d’explorer la complexité morale d’une histoire privée, ancrée dans la grande Histoire publique et politique.

L’enfance de la réalisatrice a été marquée, entre 1969 et 1988 par les attentats attribués au terrorisme rouge et noir, le refus de l’engagement politique à des fins électoralistes, le triomphe de l’hédonisme et la montée de la corruption dédouanée.

Le film se situe quelques années après « les années de plomb », après qu’en 1985, François Mitterrand a permis aux anciens terroristes italiens réfugiés en France de ne pas être extradés à la condition qu’ils aient changé de vie et abandonné la lutte armée.

C’est ainsi que comme Marco, plusieurs centaines d’anciens terroristes « reconvertis » se sont trouvés protégés.

Or, en 2002 a eu lieu une recrudescence inattendue d’attentats perpétrés par le Parti Communiste Combattant, un groupe qui revendiquait une continuité avec les Brigades Rouges...

Annarita Zambrano a construit son film sur le non-dit. Elle l’a réalisé sur cette même ligne et dans « Après la guerre  », on est autant dans la sphère familiale qu’au Parlement.

Marco parle beaucoup de sa guerre au point de tourner en rond et au final, de ne plus rien dire, vidant petit à petit son discours de sa substance.

Il aborde tout, sauf le vrai sujet : sa culpabilité vis à vis de sa fille et de sa famille italienne qu’il entraîne dans des difficultés dont il se retrouve être le seul responsable.

« Après la guerre » mêle à égalité d’importance nombre de sujets : la justice, le sentiment de culpabilité, la tradition tragique italienne, l’histoire personnelle et l’histoire politique.

L’idée de faire vivre Marco et sa fille non pas dans la ville mais dans la campagne landaise, au milieu de la forêt, crée un climat d’enfermement intérieur. Les personnages italiens du récit qui pourraient être « libres » font le choix de s’enfermer dans des lieux confinés, sont esclaves d’eux-mêmes, de leur passé refoulé et d’un « ordre bourgeois » qui impose le mensonge.

Le film fonctionne sur un solide équilibre entre l’histoire intime d’une famille, le renvoi à la situation sociale et politique de l’Italie, à la complexité des suites d’une période agitée avec laquelle le pays a encore de nos jours du mal à trouver une distance.

En faisant de Marco un homme d’apparence débonnaire et peut-être le contraire de l’image qu’on peut se faire d’un révolutionnaire, Annarita Zambrano, apporte une autre profondeur à son récit.

Francis Dubois

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