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Un film de Pascale Thirode (France)

« Aqua in bocca » Sortie en salles le 8 juin 2011

La Corse connaît une histoire singulière pendant la seconde guerre mondiale. Elle subit le sort de la zone libre en 1942 après le débarquement des alliés en Afrique du Nord et son occupation par les italiens. Bien que département français, elle est géographiquement, historiquement et linguistiquement très proche de l’Italie.
Elle est en 1943, le premier département français libéré et devient une base essentielle de la stratégie alliée pour la libération de l’Europe du Sud.
C’est dans le contexte de la politique intérieure de la France entre 1941 et 1944 que le destin de Paul Mariani, un commerçant de Bastia, juge au Tribunal de Commerce, notable respecté, va prendre une direction imprévue.
La vie mettra sur le chemin de cet homme intègre une aventurière qui, aidée de ses proches, va tirer profit de la confusion politique.
Paul Mariani y laissera sa réputation et lorsqu’il décèdera, sa sépulture ne portera pas son nom.
Pascale Thirode, sa petite fille, à la fois personnage et réalisatrice, accompagnée de ses deux filles, une adolescente et une toute gamine, entreprend de revenir sur cet épisode de la vie de son grand père et d’en savoir le plus possible sur les agissements qui ont conduit à la disgrâce.
Les questions pour lesquelles elle voudrait avoir une réponse sont : comment est mort son aïeul, en quelles circonstances et pourquoi ? Quelle est la raison de la malédiction ? Les positions qu’il avait prises étaient-elles condamnables ?
Aqua in bocca signifie eau dans la bouche, autrement dit, impossibilité de parler. C’est au silence des témoins qu’elle approche pour son enquête, que Pascale Thirode va surtout se heurter. Mais aussi à des versions souvent contradictoires des personnages qu’elle rencontre et interroge de façon frontale parfois ou avec, au contraire, infiniment de précautions.
Sa mère d’abord, née en Corse, qui refuse de parler de son pays, et d’y retourner, les cousins Bastien et Jean, Jean-Baptiste Fusella, l’un des fédérateurs de la résistance communiste en Corse, Etienne Micleli, compagnon de route de JB Fusella, figure de la clandestinité, Clément Giacobbi qui dissimule son silence derrière son amour des mots ou encore Maurice Bovo qui porte sur l’île, le regard tendre de celui qui y est revenu après de fréquents et longs séjours à l’étranger, notamment en Inde.
L’entêtement de la cinéaste à percer les mystères, à mettre bout à bout, les brides de renseignements qu’elle finit par obtenir des uns et des autres est une chose, mais la magie de sa démarche tient au trio qu’elle compose avec ses deux filles, toutes deux parties prenantes du voyage, animées d’un étonnante curiosité à propos de a recherche de la vérité. Et cette vraie complicité qui s’établit entre ces deux générations se verra renforcée avec l’arrivée de la mère de la réalisatrice qui finira, elle aussi par crever l’abcès et à trouver les mots pour parler de ce passé relégué au fin fond douloureux de ses souvenirs.
Les images de petite voiture sillonnant les routes escarpées de l’île, celle de l’intérieur de l’habitacle où succèdent aux silences, les remarques ou les questions pertinentes, dépassent le cadre d’une simple enquête, fut-elle familiale, pour devenir un voyage passionnant dans un passé enfoui qui finit par se plier aux questionnements, et lever les voiles de ses secrets.
Un documentaire intime et singulier. Une plongée dans des pages inédites de l’histoire de la Corse.
Francis Dubois

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