US 778 du 12 mai 2018

Attaques tous azimuts : décryptage d’un projet cohérent

LYCÉE

«  Les enseignants vont pouvoir mieux préparer les élèves à l’enseignement supérieur…  » Emmanuel Macron – Campagne présidentielle 2017

Comment penser qu’on peut faire mieux avec moins d’heures, moins de personnels, moins d’enseignements ? C’est ce que le ministère tente pourtant de faire croire. L’accompagnement personnalisé, dispositif inopérant, s’il en est, a été mis en place lors de la précédente réforme du lycée en 2010, en rabotant les horaires disciplinaires. Cette fois, il est effacé des emplois du temps des élèves comme des professeurs mais les heures ne sont pas rendues aux disciplines ! Des enseignements disparaissent au profit d’une offre optionnelle réduite que les lycées devront financer eux-mêmes en prélevant les heures sur l’enveloppe d’autonomie.

Entre les dédoublements et les options, il faudra choisir. Les spécialités du cycle terminal, parfois pluridisciplinaires, ne permettent pas de retrouver la cohérence des séries et précarisent les services des enseignants désormais tributaires du choix des élèves. Il n’y a aucune visibilité sur les nouveaux programmes qui doivent être mis en œuvre dès 2019 en Seconde et Première. Le lycée qu’on nous promet sera donc celui de la baisse des moyens (5 à 12 % de dotation en moins), des suppressions de postes par milliers et de la dégradation des conditions de travail.

BAC

«  Je suis favorable à un BAC musclé, [c’est-à-dire] éviter qu’il soit trop épais », J.-M. Blanquer, BFM-TV le 22 mai 2017

Trop lourd, trop cher, inutile, le baccalauréat est accusé de tous les maux par ceux qui appellent à sa simplification. Mais que penser du bac 2021  ? Son organisation doit commencer dès la rentrée 2019 en Première avec la mise en place d’épreuves communes qui vont inévitablement brider les progressions pédagogiques et transformer le cycle terminal en course folle à l’évaluation. Avec les quatre épreuves terminales et le « grand oral », on peut atteindre allégrement la trentaine d’épreuves au lieu de la dizaine actuellement, la plupart sous la forme de contrôle local ou continu.
Cela aura pour conséquence une surcharge de travail pour les enseignants, la désorganisation des établissements, l’absence d’indemnités d’examen… Le bac devient finalement un examen de fin d’études secondaires dont la valeur dépendra de la réputation du lycée où il est passé. Avec Parcoursup, le «  parcours  » individuel de l’élève comme les choix de spécialités et les engagements extra-scolaires conditionneront largement la poursuite d’études au regard des attendus des formations envisagées.

TEMPS DE TRAVAIL

«  Annualiser les obligations de service des enseignants du second degré  » (Rapport de la Cour des comptes Gérer les enseignants autrement – octobre 2017)

Les stéréotypes autour de personnels sous-employés voire fainéants sont légion. Or, le temps de cours et de présence dans nos établissements ou CIO est loin de représenter la charge réelle de travail que nous assumons. Entre préparations de cours, correction des copies, réunions, suivi des élèves, rencontres avec les parents, ce n’est pas moins de 42 h 53 de travail moyen qu’effectue un professeur certifié, selon une étude de la DEPP. Les tâches attribuées aux professeurs, aux CPE et aux Psy-ÉN ne cessent de se multiplier alors que le salaire horaire réel, lui, demeure gelé. Le SNES-FSU a obtenu que les obligations de service restent définies en heures hebdomadaires devant élèves. Il entend aller plus loin : la réunionite doit cesser, les temps de concertation être intégrés au temps de service et la charge de travail diminuée à l’opposé d’une annualisation qui autorise toutes les flexibilités et donc un surcroît de travail. Enfin, nous continuons de revendiquer la formation d’équipes pluriprofessionnelles en nombre suffisant (un CPE par tranche de 250 élèves, deux professeurs documentalistes par établissement et un Psy-ÉN pour 800 élèves).

EFFECTIFS

« …….[silence assourdissant]……. » J.-M. Blanquer, au sujet des effectifs des classes dans le second degré

Oui, vous avez bien lu. Pour le ministre, la question des effectifs dans les classes du second degré n’est pas un sujet, alors que c’est la première préoccupation des professeurs. Et pour cause. Les classes sont chaque année plus chargées. En 2016, 53 % des classes de collèges comptaient entre 25 et 29 élèves, et 10,2 % entre 30 et 34 élèves : deux tiers des collégiens passent donc la quasi-totalité de leur temps d’étude dans des groupes très nombreux, y compris en cours de langues, en TP… En lycée, 53 % des classes comptaient entre 30 et 34 élèves et une classe sur quatre entre 35 et 40. La réforme prévue conduira notamment à faire disparaître une partie importante des heures à effectifs réduits du fait du regroupement des élèves par spécialités et de la marge horaire réduite et incluant l’accompagnement personnalisé et les options. En collège comme en lycée, le nombre d’élèves et de classes à suivre par les CPE et les Psy-ÉN est de plus en plus important. Les rentrées 2018 et 2019 vont voir arriver 20 000 puis 31 500 élèves supplémentaires dans le second degré public ; 2 600 emplois de professeurs stagiaires sont supprimés au budget 2018. Mais chut !