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Un film de Louis-Do de Lencquesaing (France)

"Au galop" Sortie en salles le 17 octobre 2012

Au galop est un jeu, un moment de complicité entre un adulte et un jeune enfant. L’enfant est juché sur les genoux de la grande personne qui les agite d’abord doucement (au pas) puis le mouvement grandit (au trot) pour atteindre une grande agitation (au galop).
C’est de ce souvenir d’enfance que Louis-Do de Lencquesaing a tiré le titre de ce premier long métrage sensible et totalement maîtrisé qui aurait pu s’appeler "Intimité".

Le sujet est banal. Une jeune et belle femme installée dans la vie avec compagnon de longue date et petite fille de cinq ans rencontre un écrivain, divorcé, partageant son appartement avec sa fille Camille, une grande adolescente au caractère bien trempé.
Paul a la quarantaine. Ada est un peu plus jeune. Paul a une mère fantasque, intrusive et dépensière et un frère qui ne semble pas avoir toujours réussi sa vie.
Ada travaille dans la maison d’édition où sont publiés les romans de Paul et Camille est par hasard la baby-sitter de Zoé, la fille d’Ada.
La trame n’a rien d’original mais est-ce à cause de la fluidité avec laquelle Louis-Do de Lencquesaing a réalisé son film, le soin avec lequel il a dessiné ses personnages, sa façon naturelle d’aborder le quotidien qui fait que ces "personnages de cinéma" se chargent d’âme tout au long du récit et qu’on pénètre avec justesse et délicatesse, dans l’intimité de chacun.
Tout ici sonne juste, même les clichés.
On a vu au cinéma, des centaines de fois, une mère fofolle mais ici, Mina qu’interprète une Marthe Keller en pleine forme, est unique. Les dialogues qu’on lui fait dire lui vont comme un gant et ses comportements extravagants sont touchants.
Camille n’est pas une simple adolescence en crise et en mal d’indépendance. On sent derrière l’ébauche d’une belle personnalité, en demi-teinte, les traces d’une éducation, les marques d’un milieu bourgeois et le personnage est juste d’un bout à l’autre, au millimètre près.
Paul, lui, à l’aisance que lui confère sa réussite en littérature mais c’est un observateur sensible, quelqu’un qui sait où il va, même s’il s’accorde une marge d’erreur. Quelqu’un de précautionneux, soucieux de ni encenser, ni blesser. C’est un homme fragile, avec des sursauts d’audace, peut-être bien comme tout un chacun.
Ada est la femme partagée entre deux hommes, le personnage pivot du film et sans doute volontairement, le moins attachant. On l’a choisie belle, sous les traits d’une comédienne italienne, Valentina Cervi, et elle apparaît lisse et irréprochable.
Ce ne sont pas les personnages pris séparément qui font la douceur et la rugosité du film, c’est eux ensemble, la précision des dialogues, la tendresse qui transparaît dans chaque partition et qui est un liant efficace. Cette façon qu’a Louis-Do de Lencquesaing d’entrer, avec une grande pudeur, dans l’intimité de chacun.
C’est souvent drôle, comme pris sur le vif, animé d’une complicité sourde entre les uns et les autres, ou explosive quand le contexte les libère.
Il y a dans " Au Galop", une scène d’anthologie. C’est le moment où les deux frères, la mère et Camille tous éprouvés par la mort du père sont pris face au corps, dans la pièce mortuaire, d’un irrépressible fou-rire.
Mais il y a bien d’autres moments de bonheur cinématographique dans cette "fresque intime" très réussie.
Francis Dubois

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