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Un film d’Alain Gomis (France)

"Aujourd’hui" Sortie en salles le 9 janvier 2013

Dans Dakar grouillante et colorée, un jeune homme, Satché, sait qu’il doit mourir aujourd’hui.
Il a été désigné. Rien pour lui, désormais, ne pourra changer le cours des choses.
Il va vivre cette journée comme il n’a jamais vécu.

Le film d’Alain Gomis est un voyage vers le présent au cours duquel Satché revient sur les différentes étapes de sa vie, son enfance, son adolescence, le premier amour.
Si le premier épisode du voyage s’effectue en direction de lui-même, le second épisode est celui de l’abandon, du temps qui s’ouvre…

Alain Gomis nous entraîne dans un monde imaginaire où la mort fait un choix, désigne entre tous, celui qui va la suivre. Satché a le statut de "choisi".
Il entre dans un fonctionnement rituel qui, en débarrassant "l’élu" de son futur, lui permet d’accéder au présent absolu, celui qui ne promet rien d’autre à venir et s’étend à l’infini.
Satché est reconnu, fêté, adulé. On va lui témoigner le respect auquel sa position le place.
Il va recevoir les honneurs. On va le saluer sur son passage. Le toucher, lui témoigner son amitié.
Lorsqu’il aura traversé la ville, assisté à toutes les manifestations de reconnaissance, il rentrera chez lui où il retrouvera sa femme et ses enfants avec lesquels il va vivre des moments paisibles.
Cet épisode intime, loin de la ville bigarrée, du bruit, de l’agitation est le moment le plus réussi du film d’Alain Gomis. Peut-être parce que, replié dans son univers familier, Satché mesure la réalité de sa situation, trouve un réel apaisement.

"Aujourd’hui" est une singulière plongée dans un univers modifié, passé par le prisme de la mort annoncée, une expérience intime extrême, un regard sur les choses quand on sait qu’on les quitte, qu’on les regarde pour une dernière fois.
Ce troisième long métrage après "L’Afrance" en 2001 et "Andalucia" en 2007 confirme l’originalité d’inspiration de ce réalisateur inclassable.
La vision du monde qu’on s’apprête à quitter n’a rien de morbide, de désespéré et le visage impassible de Saul William, grande figure de la génération Hip-Hop qui laisse ici et là apercevoir un sourire à peine ébauché, n’est chargé ni d’inquiétude ni de souffrance mais au contraire d’une sérénité qui ne cesse de se préciser au fur et à mesure qu’on avance dans le déroulement de cette journée.

Un autre personnage du film est la ville de Dakar. Chacune des étapes de la vie de Satché correspond à un quartier différent, ce qui conduit à aller d’un univers à un autre et à faire du trajet de l’un à l’autre, un autre endroit.
Francis Dubois

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