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Un film de Cristi Puiu (Roumanie)

"Aurora" Sortie en salles le 21 mars 2012

Viorel, 42 ans, est ingénieur métallurgiste. Récemment divorcé, père de deux petites filles, il voit son existence imparfaite et sans gloire se défaire, sans qu’il puisse apporter à ce lent délitement le moindre remède.

Tout au long du récit, on suit son parcours, pendant deux jours, dans une Bucarest grise, depuis la courte altercation qu’il a au bureau avec un collègue qui lui doit une somme d’argent, jusqu’au moment où il pousse la porte du poste de police pour y déclarer les crimes qu’il a commis, apparemment sans préméditation, mais avec un fusil de chasse qu’il transportait depuis le début, en pièces détachées, dans un sac qui ne le quittait pas.

Viorel erre dans la ville. Dans sa voiture où il semble perpétuellement en attente de quelque chose, seul dans son appartement désert, avec ses voisins du dessus chez qui il va sonner pour leur signaler une fuite d’eau, auprès de son ex-épouse ou en compagnie de sa compagne actuelle, en allant chercher sa fille à l’école, il traîne le même mal être, la même inquiétude et le poids de l’instabilité qui pèse sur son existence.

Or, la menace persistante qui semble préoccuper Viorel ne va pas contre lui. Elle est dans l’attente de ce qu’il pressent, ces crimes qu’il va commettre consciemment ou qui se produiront en dehors de lui, dans cet état second où le plonge la grisaille de sa vie.

"Il n’y a pas de criminels, il y a seulement des hommes qui tuent" affirme Cristi Puiu et c’est sur cette nuance que reposent à la fois le personnage de Viorel et plutôt qu’un récit, la restitution d’une déambulation plombée par l’échec, le ratage d’une vie et la paranoïa qui s’en suit.

Avec "Aurora" le cinéaste tente de restituer l’acte criminel en tant que tel, en l’assimilant à l’histoire personnelle d’un homme ordinaire qui n’était pas forcément prédestiné à tuer, en évitant tout ce qui pourrait transformer le crime en acte exceptionnel.

La confession d’un criminel suffit apparemment pour expliquer ce qui s’est passé et qui l’a conduit à commettre son forfait. Mais quelle est la réalité profonde d’un acte aussi extrême que celui d’ôter la vie ?

Cristi Puiu ne donne pas de réponse à tous les questionnements à propos du crime. La réponse est dans le comportement, les attitudes, les attentes de Viorel, dans son obstination à rendre son film réaliste et à restituer au plus près, le climat toxique d’une Bucarest postcommuniste.

"Aurora " est un film de chercheur, l’autopsie mentale d’un homme qui tue, les raisons à l’acte criminel, en allant chercher dans la profondeur des zones d’ombre de l’âme humaine

Le film dure trois heures. On ne s’y ennuie pas, tenu en haleine par ce qui se passe hors champ à la périphérie du personnage et parfois, du récit.

Francis Dubois

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