Actualité théâtrale

Jusqu’au 7 janvier au Lucernaire

 « Automne et hiver » Partenaire Réduc’snes

Avant que son œuvre ne prenne un tour plus sociologique et s’attache surtout aux exclus, les pièces du Suédois Lars Noren relevaient plutôt du drame familial : la richesse des échanges entre les femmes est opposée au mutisme des hommes, prisonniers du deuil de leur mère qu’ils ne réussissent pas à faire. Mais déjà, il place ses pièces dans le cadre de la montée de l’économie libérale et de ses effets sur la vie des individus et sur leurs relations, y compris au sein de la famille. C’est de cette période que date «  Automne et hiver » .

Réunie pour un traditionnel repas familial, les parents et leurs deux filles conversent en buvant quelques verres. Ann, la cadette va passer à l’attaque et, poussant tout le monde à bout, va faire sortir quelques-unes des vérités qui viennent à la surface dans toutes les familles. Avec une lucidité impitoyable, elle conduit chacun à s’interroger sur ses désirs et ses refoulements, à révéler ses failles derrière le personnage social qu’il joue et l’obliger à tomber le masque. Ce n’est pas Festen, il n’y a pas de victime et de bourreau. C’est simplement une famille avec ses frustrations et ses jalousies. Les alliances se font et se défont, les duels et les duos se succèdent entre le père taiseux, la mère qui ne se résout pas à vieillir et n’entend que ce qui l’arrange, la fille rangée et qui a réussi, et la fille célibataire avec un enfant, serveuse de bar gay. Tout y passe, le désamour du couple, la réussite, l’argent que l’on a ou qui manque cruellement, le désir d’écrire, la relation père-fille et mère-fille, la jalousie entre les deux sœurs, mais aussi leur complicité.

La langue de Lars Noren nous entraîne comme une vague. On passe de la violence à l’apaisement, avant de rebondir au fur et à mesure que le repas avance et que les verres défilent, déliant les langues. Il y a des accélérations et des ralentissements, des explosions, des piques et aussi de la tendresse, des vérités que l’on n’ose pas dire et qui finissent par être dites.

La mise en scène d’Agnès Renaud s’articule autour d’une longue table métallique qui glisse et que les personnages font tourner comme un symbole du temps qui passe et de la progression de notre connaissance des personnages, avant de la faire revenir au point de départ. Comme la pièce est donnée dans la petite salle du Lucernaire, au Paradis, on est très proche des acteurs. Tous très bons, particulièrement l’actrice qui joue Ann, la fille cadette, ils nous embarquent dans ce repas où les conversations convenues laissent place aux vérités que chacun veut dire quelle que soit la douleur de l’autre. Ils servent la pièce de Lars Noren avec énergie et finesse et nous laissent l’émotion au cœur.

Micheline Rousselet

 

Du mardi au samedi à 21h, relâche le 22 décembre

Le Lucernaire

53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

www.lucernaire.fr

 

 

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