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Un film de Katrin Gebbe (Allemagne)

"Aux mains des hommes" Sortie en salles le 25 juin 2014.

Tore est un jeune homme au visage d’ange. Seul dans la vie et sans doute chargé d’un lourd passé, il est à la recherche d’une nouvelle vie qu’il pense avoir trouvée au sein d’une communauté de punks chrétiens appelés les "Jésus Freaks".

Un jour, le chemin de Tore croise celui de Benno, un quadragénaire placide, chargé de famille, qu’il aide à faire redémarrer sa voiture en panne, de façon quasi miraculeuse par imposition des mains sur le capot et en balbutiant quelque prière au-dessus du moteur.

Benno invite Tore chez lui. Il lui propose de dresser une tente dans le jardin de la maison familiale et de partager avec lui, Astrid sa compagne et les deux enfants de celle-ci, leur vie oisive de vacanciers.

Mais après s’être montré chaleureux, accueillant et facile à vivre, Benno se révèle vite être un tyran qui, de jour en jour, va faire de Tore, son bouc émissaire, un objet d’humiliations et de violences inattendues.

Tore va considérer les épreuves qu’il traverse comme l’occasion de mesurer la force de sa foi.

A la fin du film, on apprend qu’il a été inspiré par un fait divers dont Katrin Gebbe n’a retenu que les grandes lignes, n’ayant pas eu accès à la réalité détaillée des faits(ou n’ayant pas voulu les connaître).

Les éléments qu’elle en a retenus sont allés plus dans le sens d’une interrogation sur le bien et le mal que dans celui du drame social.

Il est probable que ce qui manque au scénario, ce sont les détails authentiques de l’histoire réelle. Sans doute, ceux-ci auraient aidé la réalisatrice à "huiler" les articulations du récit et le spectateur à mieux comprendre les raisons pour lesquelles Benno change subitement de comportement et révèle de façon inattendue une personnalité pernicieuse.

Au moment de la rencontre avec Tore, il semble éprouver une sympathie presque paternelle vis-à-vis de l’adolescent. Son revirement lui a-t-il été dicté par des démons qu’il tenait enfouis en lui ou bien est-ce la nature docile de Tore, s’offrant en victime, qui les lui a révélés ?

Et même si on admet l’option selon laquelle il ait pu devenir un monstre de violence, comment sa compagne a-t-elle pu le suivre dans son comportement destructeur ? Et plus tard, comment le couple d’amis a-t-il pu devenir lui aussi complice de violences sur la personne de Tore.

Benno a-t-il été marqué par le don de pouvoir dont Tore semblait être pourvu dès leur première rencontre ? A-t-il eu peur de la dimension mystique du personnage et pour en neutraliser les effets s’est-il acharné sur lui jusqu’à la destruction en passant par des actes de sadisme et des détours par une totale amoralité ?

Benno est-il un monstre, un psychopathe, un personnage qui véhicule la tragédie en lui depuis toujours ? Ses actes lui sont-ils dictés par une force intérieure négative et destructrice contre laquelle il est impuissant ?

Le film se découpe en trois parties, chacune annoncée par un titre. Mais peut-on appeler "foi" ce qui anime Tore au profond de lui ? Sa foi, plus qu’une conviction, n’est-elle pas plutôt un refuge ?

Peut-on appeler "amour" le sentiment mal partagé qui naît entre Tore et la fillette de la maison ?

Où se cache "l’espoir" dans la dernière partie du film ?

On dit que si le film a eu des détracteurs à Cannes où il a été présenté dans la section "Un certain regard" en 2013, c’est parce qu’il mêlait religion et violence et que ce mélange est explosif.

Ne serait-ce pas plutôt parce que l’absence de "clés" dont souffre le récit, donne à son déroulement, des airs de complaisance ?

Francis Dubois

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