Actualité théâtrale

au Grand Parquet

"Avenir radieux" Jusqu’au 2 mars

Après Elf, la pompe Afrique, joué en alternance actuellement au Grand Parquet, Nicolas Lambert s’attaque à l’industrie du nucléaire. Cela démarre par des considérations d’humoriste sur le coût des publicités d’EDF et d’Areva et sur leur efficacité espérée puisqu’elles ne nous encourageront ni à allumer tous nos appareils électriques ni à acheter de l’uranium enrichi ! Puis Nicolas Lambert nous entraîne dans un de ces nombreux débats publics organisés par EDF autour de l’installation de l’EPR de Penly. Comme à son habitude, il joue tous les rôles, le Président de séance qui distribue de façon sélective la parole, cherchant à éviter les questions gênantes, les opposants dans la salle qui peinent à se faire entendre, le chercheur un peu honteux du rôle qu’on lui fait jouer, l’élue qui se demande ce qui arrivera en cas de risque majeur et que l’on renvoie à l’Autorité de sûreté nucléaire, dont on vient de voir à quel point elle était peu fiable dans ce cas. La démonstration de la façon dont le débat public est confisqué et son organisation cynique puisque, dans ce cas précis, la décision de lancer la construction de l’EPR avait été prise treize mois avant la réunion par Nicolas Sarkozy, est éclairante.

Mais Nicolas Lambert ne s’arrête pas là. Il raconte l’histoire du nucléaire français depuis 1945, quand De Gaulle créa le CEA pour fabriquer la bombe, jusqu’à nos jours où c’est le nucléaire civil qui est en jeu. On croise tous les politiques, de droite comme de gauche, qui ont soutenu ce projet. Le premier de tous, Pierre Guillaumat (fondateur de ELF, quelle coïncidence !), sa pipe à la bouche, homme de l’ombre et des réseaux Foccard, puis De Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing avec sa façon affectée de parler, François Mitterrand et Nicolas Sarkozy, ses tics gestuels et son langage avec ses « j’veux », « j’aime pas ». Il les imite à la perfection, dit leurs mots tandis que leur image est projetée à l’arrière plan. Quant à la salle, elle devient Assemblée Nationale, avec gauche et droite priées d’applaudir ou d’approuver. Au fil des interventions des politiques apparaissent toutes les failles de leur argumentation (ils affirment vouloir assurer l’indépendance de la France, alors que les réacteurs choisis sont américains), les contrevérités sur la durée de vie des réacteurs (que l’on prolonge sans vergogne), sur la sécurité, sur le traitement des déchets (ne craignez rien, on s’occupe de tout), les silences sur les conditions de vie des travailleurs du nucléaire sans oublier les conséquences internationales de ces choix par exemple dans les relations avec l’Iran et les attentats des années 1986.

Ce que met en scène de façon éclatante Nicolas Lambert, c’est l’absence de démocratie qui préside à toute cette affaire et sa conclusion est sans appel : les 450 réacteurs de la planète ne produisent que 4% de l’énergie dans le monde. Comme dans Elf, la pompe Afrique, on rit, on réfléchit, on se révolte et les discussions vont bon train à la sortie. Suivez aussi le travail de Nicolas Lambert qui poursuit sa trilogie. Après Elf et Avenir radieux (le nucléaire), qui se jouent en alternance au Grand Parquet, il travaille sur l’armement.

Micheline Rousselet

Vendredi 28 février et dimanche 2 mars à 20h
Le Grand Parquet
35 rue d’Aubervilliers, 75018 Paris
Réservations : 01 40 05 01 50
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

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