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Un film de Giuseppe Tornatore (Italie)

"Baaria" Sortie en salles le 16 juin 2010

Baaria est une petite ville de la province de Palerme. Dans le nouveau film de Tornatore (Cinéma Paradiso) elle sert de cadre à une saga familiale qui s’étale sur trois générations des années 30 aux années 80.
Cicco, simple berger, aime les livres, les poèmes épiques et les grands romans d’amour populaires. Son fils Peppino, témoin de la famine et des injustices qui frappent le pays pendant la seconde guerre mondiale, va très tôt s’éveiller au militantisme politique. Il a intégré le Parti Communiste quand il rencontre la femme de sa vie. Sa détermination et son engagement feront un temps obstacle à l’union des jeunes gens mais l’un et l’autre sont assez déterminés pour abattre les obstacles…
La région de Baaria est celle ou le réalisateur Giuseppe Tornatore a grandi et une partie des faits relatés dans le film sont autobiographiques. Dans le projet initial, il souhaitait s’en tenir à l’histoire d’un lieu mais celle-ci s’est très vite montrée indissociable des faits historiques et événements qui ont marqué les différentes périodes que le film traverse. Cependant, le tracé de la grande Histoire reste à l’arrière plan de la fresque qu’il développe. Ainsi, la seconde guerre mondiale est réduite à une seule scène de bombardements tout comme l’arrivée du fascisme est montrée par une scène de comédie où un chanteur de Bel Canto est arrêté par la police pour le contenu subversif du chant qu’il interprète. Or cette scène, si elle semble anodine par rapport à la réalité des faits, renvoie au fait que le théâtre était, à l’époque, en province, le seul moyen de lutter contre le fascisme.

Si "Baaria" évite des épisodes montrant la mafia sous la forme de tueurs en action, de faits saillants, elle dénonce son omniprésence et sa puissance à travers des conversations, la peur qu’elle inspire, le fait qu’elle infiltre et contrôle nombre de domaines.
Tornatore a préféré traiter l’histoire de ces cinq décennies à travers des tragédies personnelles et rendre dans sa réalité la vie d’un quartier, d’une ville de province où la solidarité était réelle jusqu’aux années soixante, période butoir où l’on assiste à un virage, à une modification notable des mentalités. La tolérance disparaît et la cohabitation entre des citoyens d’opinions différentes devient difficile.
Comme il le faisait de façon plus évidente dans "Cinéma Paradiso" Tornatore rend une fois de plus hommage au cinéma. La salle de cinéma devient un lieu d’ouverture sur le monde et la projection des films, une sorte de rite d’initiation qui représente, pour un gamin d’une petite ville le moyen précieux pour parfaire une éducation.
"Baaria" est à la fois une vaste fresque historique et un film intimiste et le fait que les personnages principaux du récit aient été confiés à des comédiens inconnus mais tous saisissants, ajoute à la crédibilité de la fiction. On est à la fois dans le roman fleuve populaire et dans la chronique politique, dans le mélo et dans la peinture fine de plusieurs périodes de l’histoire du pays.
Francis Dubois

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